11 novembre 2009

Le MAK : "Soutien aux syndicats de l'enseignement"

Cahiers Algériens ont reçu, de la direction du MAK, un communiqué de soutien aux syndicats Autonomes de l'enseignement et à leur mouvement de grève. Une lecture fort interessante d'un mouvement qui prend de plus en plus de l'ampleur dans une région connue pour sa rebellion pacifique contre le pouvoir central d'Alger. la publication tardive du communiqué du MAK est dû à la non possession du texte en temps opportun. Dans un souci d'objectivité, Cahiers Algériens publient le communiqué dans son integralité 

Cinq (5) syndicats autonomes des enseignants ont appelé conjointement à une grève de 8 jours pour des revendications socioprofessionnelles largement légitimes. La majorité des enseignants a suivi, en Kabylie particulièrement, le mot d’ordre de grève lancé par leur Intersyndicale. Depuis des décades, l’École algérienne, livrée à une idéologie rétrograde qui la tient en otage pour des enjeux politiciens n’ayant cure ni des réalités identitaires des peuples d’Algérie, dont le peuple kabyle, ni de l’avenir de nos enfants. Ces derniers qui ont besoin de maîtriser les technologies du 21e Siècle, ne pourront se hisser demain au rang de citoyens du monde que si, dès aujourd’hui : 1 - l’école se réconcilie avec les identités du pays dont notre kabylité, 2 - on donne aux enseignants les moyens qui leur permettent de former les générations montantes dans des langues qu’on cessera de diaboliser comme les langues amazighes dont le kabyle, le français, l’anglais … et loin de l’intolérance qui fait de l’islam et de sa langue des instruments politiques au service de l’arriération et de la dépersonnalisation de nos peuples. Ce que dénoncent ces enseignants, à travers cette grève est le fait que, par delà leurs problèmes de salaires et de logement, l’école ait été la victime de bricolages récurrents qui ont fini par la faire sombrer dans un trou dont elle ne sortira pas de si tôt. C’est la conception même de l’école qui est remise en cause. Ils ne veulent plus continuer à dispenser des programmes scolaires suintant la haine envers tout ce qui ne va pas dans le sens étroit des intérêts du régime algérien, tout ce qui est chrétien ou juif. Ils refusent de former des terroristes et des intégristes, des ennemis de l’humanité. Le même constat concerne aussi l’Université algérienne, devenue haut lieu de prébende de la clientèle du régime qui en a chassé le Savoir.

Cette descente aux enfers est de la responsabilité des pouvoirs successifs qui ont montré une remarquable unité de pensée dans l’entreprise de laminer les élites du pays et de livrer les établissements scolaires et les administrations dont ils relèvent à l’intégrisme et ses corollaires, l’ignorance et l’intolérance. Le MAK prône dans son programme une école de progrès et de savoir, libérée des archaïsmes et ouverte sur le monde. Une telle école n’est possible que par la conjugaison intelligente des efforts de ses serveurs parmi lesquels figurent en premier lieu les enseignants. L’école de la Kabylie autonome formera ses futurs citoyens dans l’esprit de l’amour du prochain, du respect de la liberté, de la démocratie et des droits humains. Elle leur dispensera un enseignement à même de les doter de moyens de réflexion, du courage de leurs opinions, de la volonté de construire, sur leur territoire et au-delà, un environnement favorable au progrès et à la modernité dans une mondialisation où ils auront largement leur place en tant que Kabyles, méditerranéens et citoyens du monde.

La Kabylie autonome donnera à l’enseignant les avantages auxquels il ouvre droit pour l’accomplissement de sa mission, alliant confort moral et matériel. Vive la Kabylie autonome qui va changer le pays, l’Afrique du Nord et le monde.

Kabylie, le 9 novembre 2009

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10 novembre 2009

De la colère de la plèbe et la bourse de sa Majesté

La grève générale de Huit jours, declenchée à l'appel des syndicats autonomes, suit son bonhomme de chemin dans le secteur de l'éducation. Au deuxième jour, les syndicats ont déjà réussi une triple prouesse : démontrer leur forte représentativité au vu du taux de suivi à l'échelle nationale, decridibiliser le ministère de tutelle qui tantôt fait fi de la réalité des choses en invoquant un taux de débrayage ne dépassant pas les 30 %, tantôt en brandit des menaces tout azimuts, trahissant une panique générale qui s'est emparée de la tutelle.Enfin, et c'est le plus symbolique des acquis de ces deux premiers jours de grève, le mouvement social qui secoue le secteur de l'éducation nationale, tous secteurs confondus, a dévoilé la nature du régime en place,  sa vision de la chose publique et sa conception de la relation pouvoir-peuple.

En effet, la menace de Benbouzid, à chaque pic de la grogne sociale dans son secteur, de retenir les salaires démontre en ne peut plus une vision minimaliste, voire esclavagiste, du peuple Algérien par le pouvoir en place. Les 500.000 enseignants crient comme un seul homme leur rage de voir leur pouvoir d'achat laminé par l'inflation et la cherté de vie. Et le ministre de l'éducation, qui vient de signer sa 16eme rentrée scolaire catastrophique d'affilée, menace de retirer "la baguette" de la bouche des insoumis et d'aspirer les poches trouées des récalcitrants. A le suivre dans son raisonnement, les enseignants n'ont qu'à prendre les miettes tendues et se la boucler, faute de quoi le maitre refile sa bourse. Drole de réaction !

La menace de couper le robinet et d'affamer les rebeles de la dignité n'est pas l'exclusivité de Benbouzid. Rappelons nous la campagne présidentielle de 2009 en Kabylie. Le directoire de campagne de Abdelaziz Bouteflika n'a-t-il pas tonné tout au long de sa marche vers le trône eternel que l'Etat a les moyens de faire du Djurdjura un eldorado à condition qu'on lui déroule le tapis rouge et qu'on lui file le burnous de la rédition ?  N'a-t-on pas abusé de tous les raccourcis pour acheter les consciences encore rétives de cette contrée ? A suivre leurs pas, la misère qui suinte le long des chemins escarpés de nos montagnes et qui rampe sur nos collines, apparemment pas oubliées mais negligées, n'est pas dûe au manque de ressources mais à la décision politique de rétention du budjet. Drôle de gouvernance !

Tant que le pouvoir a la main mise sur le trésor-providence, ses tenants se comporteront comme les maitres absolus. Mais jusqu'à quand le peuple, géniteur de la plus glorieuse révolution troquera-t-il sa dignité contre une baguette sèche et un filet de lait caillé alors qu'une minorité, dont le seul mérite est la maitrise de la corruption et de l'exercice de la génuflexion devant les tyrans, baigne dans l'opulence, loin des ennuis du fisc, des tracas de la justice et des aléas de la vie ? Où sont les partis de l'opposition pour appuyer le mouvement légitime des enseignants, eux qui ne lésinent pas sur les moyens pour former les cortèges à l'occasion des courses mesquines vers les centres d'enrichissements personnels, appelés faussement mandats de maires et de députés ?

Le combat des enseignants, au delà des revendications purement sectorielles et quelque soient ses débouchées, est un mouvement de redressement du cours qu'on veut tracer et imposer pour le pays. Il est un tirage brusque de la couverture epaisse qui cache toutes les flagorneries. Il mérite d'être soutenu et encouragé.

Moussa Tertag

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09 novembre 2009

Ecole : La grève générale latgement suivie

Ils avaient promis de paralyser les établissements scolaires pour une durée indéterminée. Et au premier jour de la grève, la mobilisation a été quasi générale. Aucun cours n’ayant été assuré hier dans plusieurs établissements, les élèves durent rebrousser chemin.
Salima Akkouche - Alger (Le Soir) - Malgré l’instruction de Benbouzid aux directeurs des établissements scolaires, les instruisant de la nécessité de garder les élèves dans les écoles, ces derniers ont bel et bien été renvoyés chez eux. Les établissements étaient dans l'impossibilité de garder les élèves puisque les adjoints de l’éducation chargés d’assurer la surveillance avaient eux aussi répondu au mot d’ordre de grève lancé par le Cnapest, l’Unpef et le Snapest, qui seront rejoints dès aujourd’hui par le CLA. Au regard des déclarations des syndicats selon lesquelles leur mouvement de protestation se poursuivra au-delà d’une semaine, les parents d’élèves se disent inquiets de l’issue de cette protesta qui, selon eux, pénalisera leurs enfants. A 11h 00, hier matin, à la place du 1er-Mai, les élèves étaient déjà dans la rue. Aux abords des établissements, à défaut de rencontrer des élèves en tablier attendant de renter en classe, l’on pouvait observer, ici et là, de petits groupes épars, discutant de tout et de rien, comme de l’aubaine de pouvoir profiter d’une bonne semaine de «vacances». Et le mauvais temps n’a fait qu’augmenter le bonheur de certains, qui disaient ne voir aucun inconvénient à échanger leur classe contre leur chambre chaude. Néanmoins, deux jeunes lycéennes, main dans la main, n’ont pas caché leur désarroi. «On nous a demandé de revenir la semaine prochaine. On veut bien se reposer en raison du rythme de travail auquel nous sommes soumises. Mais nous sommes tout de même inquiètes pour la suite», ont-elles déclaré. Selon elles, le rythme ne sera que plus dur à la reprise. «Les enseignants vont essayer de rattraper le retard en accélérant la cadence de travail. Et ainsi, nous aurons du mal à assimiler les cours», ont-elles tenu à souligner. «Je veux bien rester quelques jours à la maison pour d’éventuelles révisions, puisque nous ne terminons les cours qu’a 17h30. Mais si la grève devait durer, cela nous mettrait dans une situation des plus inconfortables» dira une élève du lycée El-Idrissi, sis à la place du 1er-Mai. Une mère qui est venue chercher sa fille, inscrite en première année primaire, estime, pour sa part, qu’une semaine d’arrêt de cours, c’est beaucoup. «Je comprends les revendications des enseignants mais je désapprouve leur décision d’arrêter les cours pour une semaine ou plus», nous a-t-elle confié. Les enfants du primaire ne semblent pas comprendre ce qui se passe autour d’eux. Pour eux, l’heure est à la détente puisque, à l’école, on leur a dit de ne revenir que dans trois jours. Et malgré la pluie, certains chérubins ont continué à jouer un peu partout. Les syndicats grévistes ont annoncé une forte adhésion au mouvement de grève des enseignants. Le mouvement n’est qu’à son premier jour et les syndicats promettent une lutte continue jusqu’à la satisfaction de leurs revendications. La rue sera encore pour quelques jours le refuge de plusieurs enfants, en attendant les inévitables heures supplémentaires.

Le Soir d'Algérie

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17 octobre 2009

Tizi Ouzou : Les Lycéens dans la rue

La grogne qui, depuis quelques jours, affecte des lycées, a fait tache d’huile puisque dans la matinée de jeudi, ce sont ceux des établissements du cycle secondaire de Tizi-Ouzou qui, à leur tour, ont séché les cours pour s’en aller battre le pavé dans les rues du centre-ville.
Ils étaient plusieurs centaines – deux milliers selon des organisateurs de la manifestation — à rallier la cause de leurs camarades qui, dès la sonnerie de 8 heures, jeudi, ont improvisé un mouvement dans un établissement du centre-ville pour ensuite atteindre pratiquement l’ensemble des lycées de Tizi. Telle une vague déferlante, le petit groupe de lycéens, initiateur de la contestation, a atteint des proportions plutôt inattendues, de l’aveu même de l’un des meneurs. Ils étaient donc nombreux à scander ces mots d’ordre exprimant leur «désaccord» quant aux réaménagements introduits par le ministère de l’Education nationale ayant trait, notamment, à l’emploi du temps du fait du passage au week-end vendredi-samedi. Même les nouvelles faisant état de la disposition du ministère à revoir sa copie n’ont pas eu le don de rassurer plus que ça les lycéens, de toute évidence désemparés par la «lourdeur» du programme et cette «inacceptable» décision de les faire travailler jusqu’à 17h30. «Ce ne sont pas tous les parents qui peuvent se permettre d’aller chercher en voiture leurs enfants à la sortie de l’école !» vociférait une jeune fille qui, elle, n’y va pas par quatre chemins pour poser son exigence, commune à beaucoup d‘autres lycéens d’ailleurs. «C’est quoi cette logique consistant à nous faire travailler jusqu’à jeudi puis sauter au samedi matin pour boucler la semaine ? Ne serait-il pas plus commode de poursuivre jusqu’à la fin de la matinée de vendredi ?» s’interroge innocemment la demoiselle. Bien en évidence également dans leur plateforme de revendication : le programme et le port de la blouse. Donc, pratiquement tout ! A les croire, ils sont prêts à réinvestir les rues de Tizi-Ouzou si on ne daigne pas les entendre.

source : Le Soir

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17 juillet 2009

C'est quoi la modernité

Les thèmes de la modernité et de l’identité nationale sont  au cœur d’un débat à la fois politique et philosophique dans toute la sphère arabo-musulmane et dans tous les cercles qui s’intéressent à cette aire géopolitique que représente le monde arabo-musulman. Définir les contours de la modernité, ses enjeux, ses ressors et son apport à la renaissance des musulmans après un déclin qui a tendance à se pérenniser, contribuera à coup sûr  à mieux aiguiller la jeunesse et les générations montantes déroutées par des lectures fausses et périlleuses du Coran et de l’Islam. Apporter des éclairages nouveaux et progressistes aux concepts de la modernité et de l’identité et les mettre à la disposition du plus grand nombre permettra l’évitement de bien d’égarements dans la conception des programmes scolaires, éducatifs et médiatiques, et permettra aux décideurs politiques du monde musulman, maghrébin notamment, de retrouver la voie menant au concert des nations à la pointe de la technologie.

Dans cet ordre d’idées, la contribution envoyée à « Cahiers Algériens »  par le Docteur G. Rachedi , de l’université de Perpignan, en vue de la mettre à la disposition de nos lecteurs, est plus qu’importante. Très bien documentée, l’intervention de l’universitaire pourrait servir d’un starting-block à une réflexion nécessaire et vitale pour le recadrage d’un débat intellectuel jusque là asphyxié par une littérature intégriste rétrograde et malheureusement abondante. 

La contribution du Docteur G. Rachedi  est tirée en grande partie de la thèse de Doctorat en Droit public soutenue au mois d’avril 2009 à l’université de Perpignan ayant pour thème : statuts juridiques des établissements scolaires en Algérie, étude comparée, qui traite du non application de l’ordonnance du 16 avril portant organisation de l’éducation et de la formation en Algérie et des différentes réformes initiées dans le secteur de l’éducation nationale. En voici le texte intégral :

C’est quoi la modernité ? 

A – Essai de définition de la modernité :

1 - La définition qui m’a paru la plus claire et la plus concise est  celle donnée par un architecte,  François Ascher ( 1 ) : La modernisation est un processus qui a émergé bien avant les temps qu’on qualifie de modernes. Il résulte de l’interaction de 3 dynamiques socio-anthropologiques apparues dans le moyen âge en Europe. Il s’agit de l’individualisation, de la rationalisation et de la différenciation sociale.

- L’individualisation : Elle a consisté à représenter le monde non en fonction du groupe, mais en fonction de l’individu qui s’est détaché du groupe et a pris conscience de son essence.

- La rationalisation : Ce n’est plus les coutumes et traditions dictées par Dieu ou les Dieux qui organisent la vie des groupes et des  individus. Ce sont au contraire, les actions humaines et les lois naturelles qui organisent la vie des groupes et des individus. Les hommes s’appuient sur leur raison, sur leurs expériences, sur les savoirs, les sciences et les technologies pour décider des actions à entreprendre.

- La diversification sociale : La diversification des fonctions du groupe social et des individus donna naissance à une société de plus en plus complexe qui avait  besoin de règles de plus en plus nombreuses et sophistiquées pour l’organiser.

2 – Chabchoub cite la définition donnée par H.Charabi : La modernité est un mode d’organisation sociale, économique et politique construit par l’occident tout au long des trois derniers siècles. Il s’oppose au modèle traditionnel. ( 2 )

3- Pour Mohamed Arkoun, La modernité a eu lieu historiquement en 1820 lorsque Hegel, après la Révolution française de 1789, déclara que la philosophie du droit, la légitimité du droit est centrale. La révolution de 1789 a posé le problème du droit. La légitimité populaire, il faut la justifier philosophiquement. L’auteur s’interroge : Qui commande aujourd’hui la légitimité du droit dans le monde arabe musulman ? Il propose d’ouvrir des chantiers de recherche, car la philosophie, c’est l’autonomie de la raison. L’homme est né pour être libre, pas pour être soumis à l’arbitraire de l’homme. Qu’est ce que l’Etat ? et comment fonctionne-il vis-vis à vis d’une société dont il a la charge ? ( 3 )

Il est donc possible d’avancer que la modernité consiste à organiser la vie de la société et des Etats par l’adoption de  règles juridiques prises par des autorités publiques légitimes. Ces règles juridiques d’essence humaine, sont perfectibles en fonction des changements et de l’évolution de la société et non d’essence religieuse, sacrées et non susceptibles d’être modifiées. Cela n’empêche pas néanmoins les législateurs de s’inspirer des textes sacrés, des coutumes et traditions de leurs peuples pour élaborer les règles de droit positif.

C’est là que se situe le nœud gordien. Les  textes juridiques des systèmes éducatifs du Maroc et de l’Algérie par exemple, précisent qu’ils doivent former des citoyens modernes, capables de s’ouvrir sur l’universalité mais attachés à leurs traditions, or le changement  peut - il aller à l’encontre des traditions et de certaines  règles sacrées ? Il faut préciser que la nouvelle loi de 2008 de l’Algérie ouvre une possibilité, puisqu’elle parle d’ijtihad.

C’est pour cela que Domenach, cité par Chabchoub écrit : Là réside le principe du formidable dynamisme de la modernité : rien pour elle n’est sacré et elle ne s’arrête plus au seuil du corps et de la nature qu’elle ne s’est arrêtée au seuil des palais et des églisesOn percera le mystère de la nature comme celui des étoiles…On fabriquera du vivant*. ( 4 )

L’accès à la modernité passe nécessairement par l’éducation qui doit libérer la raison des élèves pour leur permettre de penser par eux mêmes et de réfléchir au lieu de mémoriser. Ils ne sont pas seuls concernés, il s’agit d’adopter ces démarches de raisonnement aussi bien par les enseignants que par les personnels d’encadrement.

           B – Modernité, laïcité et Islam :

1- Modernité et laïcité : La laïcité, au sens moderne du terme, est une construction juridique française, écrit Mourad Mokhtari.  Elle a vu le jour pour la première fois dans le code civil de 1804, le droit civil est devenu un droit laïcisé, un droit marqué par l’uniformité dans les rapports interpersonnels, ne tenant pas compte des disparités religieuses. ( 5 )

La consécration de la séparation entre l’Etat et l’église découle de la loi de 1905. Elle signifie que l’Etat est régi par des règles de droit. Les citoyens ont des droits et sont soumis à des obligations

Elle implique plusieurs valeurs, l’égalité des religions, l’Etat ne doit favoriser aucune religion par rapport à une autre ; la liberté de conscience et de culte, c’est à dire que les français peuvent librement choisir leur religion., ou se convertir à une nouvelle. Or, après l’affaire  du port du  foulard, le Conseil d’Etat, par un avis du 27 novembre 1989, a retenu que les signes ostentatoires de toutes les religions sont contraires à la laïcité, pour interdire le port du foulard dans l’enceinte des établissements scolaires. ( 6 ) Il en de  même en Turquie,  pays aussi laïc, où le  port du foulard dans les universités  vient d’être interdit.

Cependant, la laïcité de l’Etat n’interdit pas aux établissements scolaires privés de dispenser des cours de religion, à titre optionnel,  et n’empêche pas les français d’embrasser la religion de leur choix. Dans l’imaginaire de beaucoup d’Algériens, laïcité = athéisme. Il faut donc rappeler qu’en France, pays laïc, l’enseignement privé qui représente 13, 7 % des effectifs du primaire,  (895 000 sur 6 550 000 élèves) et 20,2 % des effectifs du second degré (1 130 000 sur un total de 5 570 000), pour la rentrée scolaire de 2003,  est réparti comme suit :

-          95 % pour l’enseignement catholique,

-          20 000 élèves pour l’enseignement israélite,

-          2000 élèves pour l’enseignement protestant,

-          1 seul établissement privé musulman sous contrat avec l’ouverture d’un collège et d’un lycée pour la rentrée scolaire de 2003. ( 7 )

2 – Modernité et Islam : La modernité est- elle compatible avec l’Islam ? Le raisonnement logique qui prend en considération  la définition de la modernité retiendra que les règles de droit sont d’essence humaine, sont produites par la raison humaine. l’Etat de droit est régi par des règles de droit positif, par les Constitutions et les conventions et accords internationaux ratifiés.

  En Algérie,  l’article 2 stipule que l’Islam est la religion de l’Etat ; mais l’Algérie est définie comme une République et elle a produit un droit positif dans tous les domaines qui n’est pas nécessairement conforme avec les dispositions du Coran, (on ne coupe pas la main des voleurs comme en Arabie Saoudite, les banques pratiquent le système des intérêts, problème de l’usure, riba…). Le droit algérien est-il d’essence divine ou est-il un droit positif ? L’Etat en tant que personne morale, peut-il avoir une religion ?  Est – ce  la presque totalité des algériens qui sont musulmans ou l’Etat qui est lui même   musulman ? Les juristes se sont déjà penchés sur ces aspects du droit algérien.

En effet, Mourad Mokhtari écrit : L’Islam est religion et culture. L’Etat, en se donnant l’Islam comme religion, se donne aussi une culture au sens normatif ; il se soumet volontairement à la loi d’Allah et à la tradition du prophète(QSSL). Il annonce ainsi sa propre subordination, en tant que personne morale, à la puissance divine et aux préceptes et règles contenus dans le Coran. ( 8 )

L’Algérie, de rite malékite,  a produit un statut personnel  discriminatoire vis à vis de la femme, (en matière de mariage, de divorce ( 9 ), de  témoignage, les notaires demandent le témoignage de  2 femmes pour celui  d’un homme,  en matière d’héritage, la femme a droit à une demi part contre une part entière à l’homme… ). Dans certaines régions, Kabylie par exemple, même le droit musulman n’est pas appliqué, puisque, concrètement, la femme est privée  d’héritage conformément aux règles traditionnelles anté-islamiques. Or,  l’article 28 de la Constitution stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi et qu’il n’y a pas de discrimination  basée sur le sexe.  La convention relative aux droits de l’homme énonce le même principe. Le manque de cohérence est manifeste. Mourad Mokhtari va dans le même sens en soulignant « la profonde contradiction existant en droit algérien, caractérisé par la coexistence de deux normes…une légalité musulmane confinée dans le cadre des rapports de statut personnel régis par le droit malékite qui joue juste le rôle d’un droit supplétif au sein du système juridique général, et une légalité laïque ou démocratique empruntée à l’occident. ( 10 )

C’est pour cela que Malek Chebel apporte 27 propositions pour l’application d’un Islam  des lumières ( 11 ) Il conseille aux pouvoirs publics de  s’inspirer des meilleures législations juridiques en matière d’équité, d’efficacité et de stabilité et d’étudier leur faisabilité dans un contexte arabo-musulman. Il rappelle que l’adaptation du droit musulman (fiqh*) à la diversité culturelle et au changement au sein même d’une nation, a été, défendu par le leader turc Mustapha Kemal (1881-1938), avec le succès mitigé que l’on connaît.(  12 )

Il faut préciser que les statuts personnels en Algérie et au Maroc ont été amendés pour plus d’égalité entre hommes et femmes. La Tunisie a commencé très tôt par consacrer l’égalité entre les sexes et l’interdiction de la polygamie.

           La particularité de la religion musulmane est qu’elle est conçue de manière à régir la relation spirituelle entre l’individu et Dieu, directement sans intermédiaire ni autorité religieuse,( tel le clergé dans la religion chrétienne.) Mais elle régit aussi la relation de l’individu avec les autres individus au sein de la société. C’est pour cela que certains intellectuels musulmans veulent distinguer entre les 2 sphères.  la première sphère, sacrée, immuable,  strictement personnelle  n’est soumise à aucun argumentaire, parce qu’elle est fondée sur la foi. La  sphère temporelle, par contre, serait  régie par des règles perfectibles grâce à l’Ijtihad.

           Malek Chebel préconise une Nouvelle interprétation des textes sacrés à la lumière des changements actuels,  c’est à dire adapter l’Islam à la modernité, ce qui est à l’opposé de la thèse fondamentaliste qui vise ni plus ni moins qu’ à adapter la modernité à l’Islam… C’est la seule méthode capable, désormais de transformer, de fond en comble l’Islam. ( 13 )

           Amin Maalouf va dans le même sens en écrivant : Toutes les sociétés humaines ont su trouver, au cours des siècles, les citations sacrées qui semblaient justifier leurs pratiques du moment…Le texte ne change pas, c’est notre regard qui change. Mais le texte n’agit sur les réalités du monde que par le biais de notre regard. Lequel s’arrête à chaque époque sur certaines phrases et glisse sur d’autres sans les voir. ( 14 )

Ces règles qui régissent la relation des individus sur terre peuvent être adaptées en fonction du contexte social, économique et politique de chaque pays en faisant appel à la raison et au bon sens des hommes et des femmes chargés légitimement pour les produire. De cette manière, les musulmans et les musulmanes sortiraient de leur immobilisme, de la fatalité et prendraient leur destin en main pour organiser leur vie et agir sur leur devenir. L’Islam,  ne sera plus un dogme mal aimé – ou mal compris -, mis à l’écart, et suspecté de tous les maux affectant l’humanité, mais une religion de progrès qui place au cœur de son dispositif l’intérêt supérieur de l’Homme. ( 15 )

La modernité est inéluctable, la survie des peuples et leur bien – être moral et matériel dépend de leur capacité à s’adapter aux changements. L’Islam sera ce que les musulmans voudront en faire, éclairé et positif dans un cas, combatif et guerrier dans l’autre.( 16 )

Pour faire pencher la balance vers le premier choix, il faudrait que la communauté musulmane accepte de se remettre en cause continuellement par la critique et l’autocritique et que des leaders éclairés la conduisent vers un Islam humaniste. L’attitude humaniste consiste à s’interroger sans cesse sur ce que l’homme fait de l’homme et de la nature, ce qu’il entreprend pour eux, ou s’ingénie à leur  infliger, explique Mohamed Arkoun. ( 17 )

Benzine pense que l’idée de rationalité est probablement ce que les modernistes musulmans ont tiré de leur rencontre avec la modernité, la rationalité leur semblant représenter l’arme capable de faire accéder le monde musulman aux progrès modernes. Toutefois, il faut rester critique vis à vis du progrès scientifique et technique qui ne doit pas apparaître systématiquement comme un allié. (18)

Il ne faut pas oublier que la civilisation arabo-musulmane et perse a connu ses heures de gloire du VIIIème au XIVème siècle, grâce justement à cette époque déjà au développement des sciences et de la recherche,  et qu’elle a contribué à la renaissance de l’Europe.

L’importance du mouvement de traduction gréco-arabe réside dans le fait qu’il démontra pour la première fois dans l’histoire que la pensée scientifique et la philosophie sont internationales et qu’elles ne sont liées ni à une langue, ni à une culture particulières. ( 19 ) La pensée scientifique est universelle.

En conséquence, la  principale voie de sortie est de former les jeunes, adultes de demain, pour les rendre  aptes à se prendre en charge et à réfléchir par eux mêmes, dans un monde de diversité, où le respect de l’autre, le respect des convictions religieuses de l’autre qu’il soit de la même communauté ou qu’il soit étranger, ainsi que le respect de la nature et de l’environnement deviennent des règles de conduite de tous les jours. C’est de cette manière que la construction de la paix sera possible. Dieu ne modifie rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui est en lui. ( 20 ) 

Les pays de L’Asie (Japon, Chine, Corée...) ont pu réussir leur croissance tout en restant fidèles à leurs traditions. Pourquoi le musulman et la musulmane, fortifiés par leur foi, et utilisant leur raison ne pourraient pas acquérir les connaissances et le savoir modernes qui leur permettront d’agir sur leur présent et de planifier leur avenir pour faire face aux changements de ce 3ème millénaire ?

D’autant plus, que la seule recherche du bien être matériel a montré ses limites et ne peut à elle seule suffire à l’équilibre et au bonheur de l’être humain. La foi ne peut pas constituer un handicap, au contraire, alliée à la raison, elle pourrait constituer un formidable moteur pour l’action et le changement et pour assurer le bien-être non seulement matériel mais aussi moral et spirituel de l’individu.

L’éducation est donc nécessaire pour permettre aux individus de se connaître, de connaître leurs cultures et de se situer dans le temps et l’espace par rapport aux autres et par rapport aux  cultures des autres. La connaissance de l’histoire dans tous les domaines est essentielle. Elle permet de comparer, de relativiser et de comprendre. Et c’est de la compréhension que naît la tolérance.

          GUTAS Dimitri explique que le manque de tolérance d’une certaine version de l’Islam  peut être expliqué par la barbarie, l’agressivité et l’incompréhensible insistance que mettaient les chrétiens à voler des terres étrangères au nom de la religion engendrèrent nécessairement une réaction chez le peuple de Palestine et de Syrie en faveur d’une version moins tolérante de l’islam.(  21 )

3- Modernité et identité nationale :

La mondialisation en favorisant le flux des personnes, des capitaux et des informations à travers le monde entier influe aussi sur les identités nationales. Comment peut-on définir l’identité ? Sur le plan juridique, les individus sont différenciés par un certain nombre de caractéristiques mentionnées sur les cartes d’identité  nationales délivrées par les autorités publiques pour servir à l’intérieur du pays ou le passeport quand il faut se rendre à l’étranger.

Ceci sur le plan formel. En Algérie, après l’indépendance, en 1962,  les tentatives d’acculturation menées par la colonisation ont justifié la priorité donnée à la réappropriation de l’identité nationale définie comme arabo-musulmane. Il a fallu 40 ans au pays pour compléter cette définition et rajouter l’appartenance à la culture berbère et reconnaître la langue berbère, amazigh, comme langue nationale. Ensuite, l’enseignement des langues étrangères et notamment le français, langue de l’ex colonisateur, était perçu comme un danger qui menaçait l’identité nationale.

D’ailleurs, l’enseignement des langues étrangères régressa. Depuis les réformes   de  l’enseignement, en 2003, il   est   au   contraire  encouragé.   En  outre,  avec  l’installation de sociétés étrangères, la recherche de main-d’œuvre qualifiée, bilingue et même trilingue (arabe-français-anglais) a revalorisé encore plus l’apprentissage des langues étrangères.

Par quoi définit-on l’identité ? La langue, la religion, les traditions communes, les particularités culturelles, la tenue vestimentaire…La crise identitaire est aussi à l’ordre du jour en France. Les jeunes français de parents algériens nés en France, se sentent algériens ou français ? S’ils décident de revenir en Algérie, se sentiront-ils algériens ou français ?

Les algériens qui ont découvert que leurs grands parents avaient obtenu la nationalité française  et qui ont décidé récemment d’aller vivre en France, après avoir grandi en Algérie  ont des cartes nationales françaises en bonne et due forme mais se  sentent –ils français pour autant ?

Il en de même des français d’Algérie qui ont dû quitter l’Algérie en 1962 et de ceux qui ont fait le choix de rester et qui sont toujours en Algérie jusqu’à ce jour et dont certains ont obtenu la nationalité algérienne.

En outre la  globalisation a rapproché les cultures et les peuples. Le développement des moyens d’information et des paraboles influe sur le changement des tenues vestimentaires, et des attitudes des Algériens  en fonction des chaînes de télévision qu’ils regardent, celles des pays arabes et du Moyen Orient ou les chaînes occidentales… L’influence des médias et  particulièrement celle de la télévision n’est plus à démontrer.

Tout cela a pour conséquence d’influer sur les éléments qui composent l’identité et qui ne sont pas statiques, c’est pour cela qu’ Amine Maalouf qui a consacré un livre entier à cette question, écrit : L’identité de chaque personne est constituée d’une foule d’élément qui ne se limitent évidemment pas à ceux qui figurent sur les registres officiels. Il y a bien sûr, pour la grande majorité des gens, l’appartenance à une tradition religieuse ; à une nationalité, parfois deux ; à un groupe ethnique ou linguistique ;  à une famille plus ou moins élargie, à une profession… La liste peut être illimitée. C’est pour cela que l’auteur ajoute : L’identité n’est pas donnée, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence .( 22 )

Si le projet de construction de  l’Union de la Méditerranée, initié par le président français, Nicolas Sarkozy, (devenue après l’intervention de l’Allemagne Union Pour la Méditerranée), venait à se concrétiser, nous parlerons peut-être dans un avenir proche de citoyen  méditerranéen*,  ce qui incitera les pays du nord et du sud à rechercher plutôt ce qui les unit et les enrichit que ce qui les oppose et les sépare. La construction des grands ensembles est en cours, le monde se réorganise.

La modernité pourrait donc en conclusion signifier le passage d’une société tribale constituée de tribus dirigées par des cheikhs qui détiennent le savoir et le pouvoir à une société constituée de citoyens disposant de droits soumis à des obligations, dirigée par des Pouvoirs légitimes (élections, désignations selon des critères déterminés…). Les pouvoirs seraient déterminés par des textes juridiques qui seraient applicables à tous et placés au dessus de tous, Constitution, lois et règlement.

Le même schéma se retrouvera à l’école. Dans le système traditionnel, nous avons un enseignant qui détient le savoir qu’il transmet aux élèves qui l’assimile et le restitue. Dans le modèle moderne, le savoir se trouve à l’école et en dehors de l’école. Le rôle de l’enseignant n’est plus seulement de transmettre des savoirs mais d’apprendre à l’élève à réfléchir, à travailler méthodiquement et à utiliser les savoirs acquis dans sa vie de tous les jours. L’enseignant doit aider l’élève à se construire pour devenir un futur citoyen qui réfléchit et utilise et développe ses propres capacités et compétences.

En d’autres termes, la modernité signifie que l’individu prend conscience de son individualité, réfléchit et construit son avenir  en s’appuyant sur sa raison et sa foi mais  dans un groupe et avec le groupe en élaborant  des règles applicables à tous qui permettent le respect de l’individu mais aussi le respect de l’intérêt du groupe pour construire une société harmonieuse. Dans un pays, cela s’appelle la cohésion nationale.

Le projet de société et la politique éducative d’un pays sont intimement liés. A ce sujet Ardino, cité par Chabchoub écrit « il ne peut pas y avoir un changement réel de l’école sans qu’un projet de société nouvelle vienne lui donner un sens ; qu’il n’est possible de concevoir un changement social profond sans se donner les moyens d’une éducation appropriée à le promouvoir. » ( 23 )

Docteur G.Rachedi, Université de Perpignan Via Domitia. 

Notes de bas de pages :

Not[1]  ASCHER, François, Les nouveaux principes de l’Urbanisme, Editions de l’aube, Région Nord Pas de Calais. L’auteur est président du conseil scientifique de l’institut « Pour la ville en mouvement ».

2 – CHABCHOUB, Ahmed, ouv. cité, p. 20 : il cite CHARABI, H, (1990), Sens de la modernité in la critique culturelle de la société arabe, Beyrouth, n° 83  (en arabe).

3 – ARKOUN, Mohamed, « La philosophie, c’est l’autonomie de la raison… », in El Watan du 30/01/2006, Bureau de Paris.

4 – CHABCHOUB, Ahmed, ouv. cité, p. 30 : DOMENACH, JM. (1986) Approches de la modernité, Paris : Ecole polytechnique, p. 15.

·          Il faut justement préciser que le clonage humain pose des problèmes d’éthique et de morale relevés par  des pays qui ont interdit  son expérimentation.

5 – MOKHTARI, Mourad,  Entre confessionalité de l’Etat et la laïcité du droit, 1ème   partie,  in El Watan du 22/08/2005.

6 – SIMON, Jacky et LESAGE, Gérard, ouv. cité, p. 272.

7 – Ibid, p. 327.

8 – MOKHTARI, Mourad, Entre la confessionalité de l’Etat et la laïcité du droit, 2ème partie, in El Watan du 23/08/2005.

9 - Voir à ce sujet, la thèse de Doctorat en  Droit privé de Louisa HANIFI, La dissolution du lien oonjugal du vivant des époux, publiée par la revue franco-magrébine de droit, N° 16 2008, éditée par le centre d’études et de recherches juridiques sur les espaces méditerranéens  et africains francophones de l’Université de Perpignan.

10–– MOKHTARI, Mourad, Entre la confessionalité de l’Etat et la laïcité du droit, 2ème partie, in El Watan du 23/08/2005,  l’auteur cite F.P. BLANC, Islam et/en laïcité, Ed. Puf, Col. Que sais-je, Paris, p. 4.

11 –CHEBEL, Malek, Manifeste pour un Islam des Lumières, Hachette Littératures, Paris, 2004, p. 73.

*Fiqh : jurisprudence islamique. Correspond au droit canon des ecclésiastiques chrétiens. Il est surtout le cadre rationnel dans lequel s’exprime le théologien. Outil performant, le fiqh est devenu un système clos et pesant, définition de l’auteur p.201.

12 – Ibid, p. 73.

13 – Ibid, p. 26,

14 – MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières, Ed. Grasset & Fasquele, 1998, P.59

15 – CHEBEL, Malek, Manifeste pour un Islam des Lumière,. p. 198.

16 – Ibid, p. 190

17      – ARKOUN, Mohamed, Humanisme & Islam, combats et propositions, Barzakh, Alger, 2007, p. 92.

18      – BENZINE, Rachid, Les nouveaux penseurs de l’Islam, Albin Michel, Paris 2004, p. 17.

19      – GUTAS, Dimitri, Pensée grecque, Culture arabe, Aubier, Paris 2005, traduction de l’anglais par CHEDDADI Abdesselam, p. 288-289.

20      – MASSON, D, Essai d’interprétation du Coran, ouv. cité, p. 323,  Sourat XIII, Verset,11.

21      – GUTAS, Dimitri, ouv. cité, p. 257

22      – MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières, ouv. cité,  p..16 – 17.

23 - CHABCHOUB, Ahmed, ouv. cité p. 11 

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27 juin 2009

PANAF 2009, tribune de propagande ou fuite en avant ?

imagesEn dehors des guerres dévastatrices, des coups d’états sanglants et des maladies ravageuses qui marquent l’Afrique, le continent noir est aussi un géniteur de grandes civilisations allant de celle de l’Arc, à celle des masques en passant par celle des lances. Les différentes civilisations africaines ont donné naissance à des cultures riches et diverses qu’on peut entrevoir à travers les différentes sculptures, toiles, danses rituelles, chants et poésies.

A l’occasion du festival panafricain qui se tiendra le mois de juillet prochain à Alger, les Algériens et le reste du monde, par médias interposés, découvriront les multiples facettes et les vastes richesses du continent. Les moyens mis en place par le gouvernement (plus de 80 millions d’euros) et la qualité des participants laissent espérer vivre un événement continental riche en couleurs.

Toutefois, l’interview accordée par la ministre de la culture, mercredi passé, au journal Liberté laisse suggérer que le pouvoir politique en place compte faire de cet événement culturel majeur une tribune de propagande pour se refaire une santé après le coup de putsch constitutionnel du 12 Novembre dernier et le hold-up  électoral du 7 avril qui a donné à Bouteflika le score brejnévien qu’on connait. La référence continue au président dans une sortie médiatique, sensée relever les atouts d’une telle manifestation, accentue l’appréhension d’une récupération à outrance de ce rendez – vous continental. Comme quoi, chez les bouteflikistes en manque de légitimité et de réalisations positives, tout est récupérable pour la bonne cause.

Si l’organisation d’un tel événement et sa réussite éventuelle mérite applaudissements et encouragements de la part de tous les citoyens à l’affut du moindre espace d’expression multiple et avides de connaitre la culture de leur continent, la manifestation ne doit servir de fard pour détourner les regards des échecs répétés de la politique culturelle dans notre pays.

Lorsque la ministre de la culture, Khalida Toumi, investit la manifestation continentale, quand bien même culturelle, de la mission de soustraire les algériens du dogme de la barbarie, elle se trompe de diagnostic et de moyens susceptibles de placer les Algériens dans l’universel. Inviter toute l’Afrique à Alger n’arrêtera pas l’érosion si le gouvernement continue sa politique dévastatrice d’arabisation de l’école, son penchant à fermer davantage les espaces de liberté et sa tendance à monopoliser l’action culturelle.

Sans une politique courageuse de réforme révolutionnaire du système éducatif qui va de pair avec une politique d’ouverture médiatique et éditoriale, l’Algérie ne produira, en bout de course, que des hommes qui n’ont d’yeux que pour les livres islamistes subversifs et des femmes qui ne courent que derrière des recettes de cuisine ( les différents salons du livre l’ont mainte fois démontré) . Les bonnes feuilles et les toiles peuvent moisir dans les dépôts des libraires et les galeries d’art.

Eviter aux algériens le glissement dangereux vers la barbarie passe par la fréquentation quotidienne d’une école moderne et un accès inconditionnel à des tribunes libres, affranchies du devoir d’allégeance aux maitres du moment.

La construction de l’esprit universel n’est pas une affaire d’un show médiatique mais le résultat d’un travail de fond, serein et sérieux.

Il ne sert à rien d’inviter des bambins à contempler des œuvres d’art si, dès le mois de septembre, on les force à laisser les yeux scotchés sur un tableau où les maîtres ne gribouillent que des cours à mille lieues de la modernité.

Ceci dit, j’invite les algériens à profiter quand même de ce PANAF 2009 pour se ressourcer et faire connaissance avec tout le géni africain. Car au rythme où va la décadence dans notre pays, même les oiseaux perdront, un jour,  le droit de chanter.

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