17 juillet 2009

C'est quoi la modernité

Les thèmes de la modernité et de l’identité nationale sont  au cœur d’un débat à la fois politique et philosophique dans toute la sphère arabo-musulmane et dans tous les cercles qui s’intéressent à cette aire géopolitique que représente le monde arabo-musulman. Définir les contours de la modernité, ses enjeux, ses ressors et son apport à la renaissance des musulmans après un déclin qui a tendance à se pérenniser, contribuera à coup sûr  à mieux aiguiller la jeunesse et les générations montantes déroutées par des lectures fausses et périlleuses du Coran et de l’Islam. Apporter des éclairages nouveaux et progressistes aux concepts de la modernité et de l’identité et les mettre à la disposition du plus grand nombre permettra l’évitement de bien d’égarements dans la conception des programmes scolaires, éducatifs et médiatiques, et permettra aux décideurs politiques du monde musulman, maghrébin notamment, de retrouver la voie menant au concert des nations à la pointe de la technologie.

Dans cet ordre d’idées, la contribution envoyée à « Cahiers Algériens »  par le Docteur G. Rachedi , de l’université de Perpignan, en vue de la mettre à la disposition de nos lecteurs, est plus qu’importante. Très bien documentée, l’intervention de l’universitaire pourrait servir d’un starting-block à une réflexion nécessaire et vitale pour le recadrage d’un débat intellectuel jusque là asphyxié par une littérature intégriste rétrograde et malheureusement abondante. 

La contribution du Docteur G. Rachedi  est tirée en grande partie de la thèse de Doctorat en Droit public soutenue au mois d’avril 2009 à l’université de Perpignan ayant pour thème : statuts juridiques des établissements scolaires en Algérie, étude comparée, qui traite du non application de l’ordonnance du 16 avril portant organisation de l’éducation et de la formation en Algérie et des différentes réformes initiées dans le secteur de l’éducation nationale. En voici le texte intégral :

C’est quoi la modernité ? 

A – Essai de définition de la modernité :

1 - La définition qui m’a paru la plus claire et la plus concise est  celle donnée par un architecte,  François Ascher ( 1 ) : La modernisation est un processus qui a émergé bien avant les temps qu’on qualifie de modernes. Il résulte de l’interaction de 3 dynamiques socio-anthropologiques apparues dans le moyen âge en Europe. Il s’agit de l’individualisation, de la rationalisation et de la différenciation sociale.

- L’individualisation : Elle a consisté à représenter le monde non en fonction du groupe, mais en fonction de l’individu qui s’est détaché du groupe et a pris conscience de son essence.

- La rationalisation : Ce n’est plus les coutumes et traditions dictées par Dieu ou les Dieux qui organisent la vie des groupes et des  individus. Ce sont au contraire, les actions humaines et les lois naturelles qui organisent la vie des groupes et des individus. Les hommes s’appuient sur leur raison, sur leurs expériences, sur les savoirs, les sciences et les technologies pour décider des actions à entreprendre.

- La diversification sociale : La diversification des fonctions du groupe social et des individus donna naissance à une société de plus en plus complexe qui avait  besoin de règles de plus en plus nombreuses et sophistiquées pour l’organiser.

2 – Chabchoub cite la définition donnée par H.Charabi : La modernité est un mode d’organisation sociale, économique et politique construit par l’occident tout au long des trois derniers siècles. Il s’oppose au modèle traditionnel. ( 2 )

3- Pour Mohamed Arkoun, La modernité a eu lieu historiquement en 1820 lorsque Hegel, après la Révolution française de 1789, déclara que la philosophie du droit, la légitimité du droit est centrale. La révolution de 1789 a posé le problème du droit. La légitimité populaire, il faut la justifier philosophiquement. L’auteur s’interroge : Qui commande aujourd’hui la légitimité du droit dans le monde arabe musulman ? Il propose d’ouvrir des chantiers de recherche, car la philosophie, c’est l’autonomie de la raison. L’homme est né pour être libre, pas pour être soumis à l’arbitraire de l’homme. Qu’est ce que l’Etat ? et comment fonctionne-il vis-vis à vis d’une société dont il a la charge ? ( 3 )

Il est donc possible d’avancer que la modernité consiste à organiser la vie de la société et des Etats par l’adoption de  règles juridiques prises par des autorités publiques légitimes. Ces règles juridiques d’essence humaine, sont perfectibles en fonction des changements et de l’évolution de la société et non d’essence religieuse, sacrées et non susceptibles d’être modifiées. Cela n’empêche pas néanmoins les législateurs de s’inspirer des textes sacrés, des coutumes et traditions de leurs peuples pour élaborer les règles de droit positif.

C’est là que se situe le nœud gordien. Les  textes juridiques des systèmes éducatifs du Maroc et de l’Algérie par exemple, précisent qu’ils doivent former des citoyens modernes, capables de s’ouvrir sur l’universalité mais attachés à leurs traditions, or le changement  peut - il aller à l’encontre des traditions et de certaines  règles sacrées ? Il faut préciser que la nouvelle loi de 2008 de l’Algérie ouvre une possibilité, puisqu’elle parle d’ijtihad.

C’est pour cela que Domenach, cité par Chabchoub écrit : Là réside le principe du formidable dynamisme de la modernité : rien pour elle n’est sacré et elle ne s’arrête plus au seuil du corps et de la nature qu’elle ne s’est arrêtée au seuil des palais et des églisesOn percera le mystère de la nature comme celui des étoiles…On fabriquera du vivant*. ( 4 )

L’accès à la modernité passe nécessairement par l’éducation qui doit libérer la raison des élèves pour leur permettre de penser par eux mêmes et de réfléchir au lieu de mémoriser. Ils ne sont pas seuls concernés, il s’agit d’adopter ces démarches de raisonnement aussi bien par les enseignants que par les personnels d’encadrement.

           B – Modernité, laïcité et Islam :

1- Modernité et laïcité : La laïcité, au sens moderne du terme, est une construction juridique française, écrit Mourad Mokhtari.  Elle a vu le jour pour la première fois dans le code civil de 1804, le droit civil est devenu un droit laïcisé, un droit marqué par l’uniformité dans les rapports interpersonnels, ne tenant pas compte des disparités religieuses. ( 5 )

La consécration de la séparation entre l’Etat et l’église découle de la loi de 1905. Elle signifie que l’Etat est régi par des règles de droit. Les citoyens ont des droits et sont soumis à des obligations

Elle implique plusieurs valeurs, l’égalité des religions, l’Etat ne doit favoriser aucune religion par rapport à une autre ; la liberté de conscience et de culte, c’est à dire que les français peuvent librement choisir leur religion., ou se convertir à une nouvelle. Or, après l’affaire  du port du  foulard, le Conseil d’Etat, par un avis du 27 novembre 1989, a retenu que les signes ostentatoires de toutes les religions sont contraires à la laïcité, pour interdire le port du foulard dans l’enceinte des établissements scolaires. ( 6 ) Il en de  même en Turquie,  pays aussi laïc, où le  port du foulard dans les universités  vient d’être interdit.

Cependant, la laïcité de l’Etat n’interdit pas aux établissements scolaires privés de dispenser des cours de religion, à titre optionnel,  et n’empêche pas les français d’embrasser la religion de leur choix. Dans l’imaginaire de beaucoup d’Algériens, laïcité = athéisme. Il faut donc rappeler qu’en France, pays laïc, l’enseignement privé qui représente 13, 7 % des effectifs du primaire,  (895 000 sur 6 550 000 élèves) et 20,2 % des effectifs du second degré (1 130 000 sur un total de 5 570 000), pour la rentrée scolaire de 2003,  est réparti comme suit :

-          95 % pour l’enseignement catholique,

-          20 000 élèves pour l’enseignement israélite,

-          2000 élèves pour l’enseignement protestant,

-          1 seul établissement privé musulman sous contrat avec l’ouverture d’un collège et d’un lycée pour la rentrée scolaire de 2003. ( 7 )

2 – Modernité et Islam : La modernité est- elle compatible avec l’Islam ? Le raisonnement logique qui prend en considération  la définition de la modernité retiendra que les règles de droit sont d’essence humaine, sont produites par la raison humaine. l’Etat de droit est régi par des règles de droit positif, par les Constitutions et les conventions et accords internationaux ratifiés.

  En Algérie,  l’article 2 stipule que l’Islam est la religion de l’Etat ; mais l’Algérie est définie comme une République et elle a produit un droit positif dans tous les domaines qui n’est pas nécessairement conforme avec les dispositions du Coran, (on ne coupe pas la main des voleurs comme en Arabie Saoudite, les banques pratiquent le système des intérêts, problème de l’usure, riba…). Le droit algérien est-il d’essence divine ou est-il un droit positif ? L’Etat en tant que personne morale, peut-il avoir une religion ?  Est – ce  la presque totalité des algériens qui sont musulmans ou l’Etat qui est lui même   musulman ? Les juristes se sont déjà penchés sur ces aspects du droit algérien.

En effet, Mourad Mokhtari écrit : L’Islam est religion et culture. L’Etat, en se donnant l’Islam comme religion, se donne aussi une culture au sens normatif ; il se soumet volontairement à la loi d’Allah et à la tradition du prophète(QSSL). Il annonce ainsi sa propre subordination, en tant que personne morale, à la puissance divine et aux préceptes et règles contenus dans le Coran. ( 8 )

L’Algérie, de rite malékite,  a produit un statut personnel  discriminatoire vis à vis de la femme, (en matière de mariage, de divorce ( 9 ), de  témoignage, les notaires demandent le témoignage de  2 femmes pour celui  d’un homme,  en matière d’héritage, la femme a droit à une demi part contre une part entière à l’homme… ). Dans certaines régions, Kabylie par exemple, même le droit musulman n’est pas appliqué, puisque, concrètement, la femme est privée  d’héritage conformément aux règles traditionnelles anté-islamiques. Or,  l’article 28 de la Constitution stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi et qu’il n’y a pas de discrimination  basée sur le sexe.  La convention relative aux droits de l’homme énonce le même principe. Le manque de cohérence est manifeste. Mourad Mokhtari va dans le même sens en soulignant « la profonde contradiction existant en droit algérien, caractérisé par la coexistence de deux normes…une légalité musulmane confinée dans le cadre des rapports de statut personnel régis par le droit malékite qui joue juste le rôle d’un droit supplétif au sein du système juridique général, et une légalité laïque ou démocratique empruntée à l’occident. ( 10 )

C’est pour cela que Malek Chebel apporte 27 propositions pour l’application d’un Islam  des lumières ( 11 ) Il conseille aux pouvoirs publics de  s’inspirer des meilleures législations juridiques en matière d’équité, d’efficacité et de stabilité et d’étudier leur faisabilité dans un contexte arabo-musulman. Il rappelle que l’adaptation du droit musulman (fiqh*) à la diversité culturelle et au changement au sein même d’une nation, a été, défendu par le leader turc Mustapha Kemal (1881-1938), avec le succès mitigé que l’on connaît.(  12 )

Il faut préciser que les statuts personnels en Algérie et au Maroc ont été amendés pour plus d’égalité entre hommes et femmes. La Tunisie a commencé très tôt par consacrer l’égalité entre les sexes et l’interdiction de la polygamie.

           La particularité de la religion musulmane est qu’elle est conçue de manière à régir la relation spirituelle entre l’individu et Dieu, directement sans intermédiaire ni autorité religieuse,( tel le clergé dans la religion chrétienne.) Mais elle régit aussi la relation de l’individu avec les autres individus au sein de la société. C’est pour cela que certains intellectuels musulmans veulent distinguer entre les 2 sphères.  la première sphère, sacrée, immuable,  strictement personnelle  n’est soumise à aucun argumentaire, parce qu’elle est fondée sur la foi. La  sphère temporelle, par contre, serait  régie par des règles perfectibles grâce à l’Ijtihad.

           Malek Chebel préconise une Nouvelle interprétation des textes sacrés à la lumière des changements actuels,  c’est à dire adapter l’Islam à la modernité, ce qui est à l’opposé de la thèse fondamentaliste qui vise ni plus ni moins qu’ à adapter la modernité à l’Islam… C’est la seule méthode capable, désormais de transformer, de fond en comble l’Islam. ( 13 )

           Amin Maalouf va dans le même sens en écrivant : Toutes les sociétés humaines ont su trouver, au cours des siècles, les citations sacrées qui semblaient justifier leurs pratiques du moment…Le texte ne change pas, c’est notre regard qui change. Mais le texte n’agit sur les réalités du monde que par le biais de notre regard. Lequel s’arrête à chaque époque sur certaines phrases et glisse sur d’autres sans les voir. ( 14 )

Ces règles qui régissent la relation des individus sur terre peuvent être adaptées en fonction du contexte social, économique et politique de chaque pays en faisant appel à la raison et au bon sens des hommes et des femmes chargés légitimement pour les produire. De cette manière, les musulmans et les musulmanes sortiraient de leur immobilisme, de la fatalité et prendraient leur destin en main pour organiser leur vie et agir sur leur devenir. L’Islam,  ne sera plus un dogme mal aimé – ou mal compris -, mis à l’écart, et suspecté de tous les maux affectant l’humanité, mais une religion de progrès qui place au cœur de son dispositif l’intérêt supérieur de l’Homme. ( 15 )

La modernité est inéluctable, la survie des peuples et leur bien – être moral et matériel dépend de leur capacité à s’adapter aux changements. L’Islam sera ce que les musulmans voudront en faire, éclairé et positif dans un cas, combatif et guerrier dans l’autre.( 16 )

Pour faire pencher la balance vers le premier choix, il faudrait que la communauté musulmane accepte de se remettre en cause continuellement par la critique et l’autocritique et que des leaders éclairés la conduisent vers un Islam humaniste. L’attitude humaniste consiste à s’interroger sans cesse sur ce que l’homme fait de l’homme et de la nature, ce qu’il entreprend pour eux, ou s’ingénie à leur  infliger, explique Mohamed Arkoun. ( 17 )

Benzine pense que l’idée de rationalité est probablement ce que les modernistes musulmans ont tiré de leur rencontre avec la modernité, la rationalité leur semblant représenter l’arme capable de faire accéder le monde musulman aux progrès modernes. Toutefois, il faut rester critique vis à vis du progrès scientifique et technique qui ne doit pas apparaître systématiquement comme un allié. (18)

Il ne faut pas oublier que la civilisation arabo-musulmane et perse a connu ses heures de gloire du VIIIème au XIVème siècle, grâce justement à cette époque déjà au développement des sciences et de la recherche,  et qu’elle a contribué à la renaissance de l’Europe.

L’importance du mouvement de traduction gréco-arabe réside dans le fait qu’il démontra pour la première fois dans l’histoire que la pensée scientifique et la philosophie sont internationales et qu’elles ne sont liées ni à une langue, ni à une culture particulières. ( 19 ) La pensée scientifique est universelle.

En conséquence, la  principale voie de sortie est de former les jeunes, adultes de demain, pour les rendre  aptes à se prendre en charge et à réfléchir par eux mêmes, dans un monde de diversité, où le respect de l’autre, le respect des convictions religieuses de l’autre qu’il soit de la même communauté ou qu’il soit étranger, ainsi que le respect de la nature et de l’environnement deviennent des règles de conduite de tous les jours. C’est de cette manière que la construction de la paix sera possible. Dieu ne modifie rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui est en lui. ( 20 ) 

Les pays de L’Asie (Japon, Chine, Corée...) ont pu réussir leur croissance tout en restant fidèles à leurs traditions. Pourquoi le musulman et la musulmane, fortifiés par leur foi, et utilisant leur raison ne pourraient pas acquérir les connaissances et le savoir modernes qui leur permettront d’agir sur leur présent et de planifier leur avenir pour faire face aux changements de ce 3ème millénaire ?

D’autant plus, que la seule recherche du bien être matériel a montré ses limites et ne peut à elle seule suffire à l’équilibre et au bonheur de l’être humain. La foi ne peut pas constituer un handicap, au contraire, alliée à la raison, elle pourrait constituer un formidable moteur pour l’action et le changement et pour assurer le bien-être non seulement matériel mais aussi moral et spirituel de l’individu.

L’éducation est donc nécessaire pour permettre aux individus de se connaître, de connaître leurs cultures et de se situer dans le temps et l’espace par rapport aux autres et par rapport aux  cultures des autres. La connaissance de l’histoire dans tous les domaines est essentielle. Elle permet de comparer, de relativiser et de comprendre. Et c’est de la compréhension que naît la tolérance.

          GUTAS Dimitri explique que le manque de tolérance d’une certaine version de l’Islam  peut être expliqué par la barbarie, l’agressivité et l’incompréhensible insistance que mettaient les chrétiens à voler des terres étrangères au nom de la religion engendrèrent nécessairement une réaction chez le peuple de Palestine et de Syrie en faveur d’une version moins tolérante de l’islam.(  21 )

3- Modernité et identité nationale :

La mondialisation en favorisant le flux des personnes, des capitaux et des informations à travers le monde entier influe aussi sur les identités nationales. Comment peut-on définir l’identité ? Sur le plan juridique, les individus sont différenciés par un certain nombre de caractéristiques mentionnées sur les cartes d’identité  nationales délivrées par les autorités publiques pour servir à l’intérieur du pays ou le passeport quand il faut se rendre à l’étranger.

Ceci sur le plan formel. En Algérie, après l’indépendance, en 1962,  les tentatives d’acculturation menées par la colonisation ont justifié la priorité donnée à la réappropriation de l’identité nationale définie comme arabo-musulmane. Il a fallu 40 ans au pays pour compléter cette définition et rajouter l’appartenance à la culture berbère et reconnaître la langue berbère, amazigh, comme langue nationale. Ensuite, l’enseignement des langues étrangères et notamment le français, langue de l’ex colonisateur, était perçu comme un danger qui menaçait l’identité nationale.

D’ailleurs, l’enseignement des langues étrangères régressa. Depuis les réformes   de  l’enseignement, en 2003, il   est   au   contraire  encouragé.   En  outre,  avec  l’installation de sociétés étrangères, la recherche de main-d’œuvre qualifiée, bilingue et même trilingue (arabe-français-anglais) a revalorisé encore plus l’apprentissage des langues étrangères.

Par quoi définit-on l’identité ? La langue, la religion, les traditions communes, les particularités culturelles, la tenue vestimentaire…La crise identitaire est aussi à l’ordre du jour en France. Les jeunes français de parents algériens nés en France, se sentent algériens ou français ? S’ils décident de revenir en Algérie, se sentiront-ils algériens ou français ?

Les algériens qui ont découvert que leurs grands parents avaient obtenu la nationalité française  et qui ont décidé récemment d’aller vivre en France, après avoir grandi en Algérie  ont des cartes nationales françaises en bonne et due forme mais se  sentent –ils français pour autant ?

Il en de même des français d’Algérie qui ont dû quitter l’Algérie en 1962 et de ceux qui ont fait le choix de rester et qui sont toujours en Algérie jusqu’à ce jour et dont certains ont obtenu la nationalité algérienne.

En outre la  globalisation a rapproché les cultures et les peuples. Le développement des moyens d’information et des paraboles influe sur le changement des tenues vestimentaires, et des attitudes des Algériens  en fonction des chaînes de télévision qu’ils regardent, celles des pays arabes et du Moyen Orient ou les chaînes occidentales… L’influence des médias et  particulièrement celle de la télévision n’est plus à démontrer.

Tout cela a pour conséquence d’influer sur les éléments qui composent l’identité et qui ne sont pas statiques, c’est pour cela qu’ Amine Maalouf qui a consacré un livre entier à cette question, écrit : L’identité de chaque personne est constituée d’une foule d’élément qui ne se limitent évidemment pas à ceux qui figurent sur les registres officiels. Il y a bien sûr, pour la grande majorité des gens, l’appartenance à une tradition religieuse ; à une nationalité, parfois deux ; à un groupe ethnique ou linguistique ;  à une famille plus ou moins élargie, à une profession… La liste peut être illimitée. C’est pour cela que l’auteur ajoute : L’identité n’est pas donnée, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence .( 22 )

Si le projet de construction de  l’Union de la Méditerranée, initié par le président français, Nicolas Sarkozy, (devenue après l’intervention de l’Allemagne Union Pour la Méditerranée), venait à se concrétiser, nous parlerons peut-être dans un avenir proche de citoyen  méditerranéen*,  ce qui incitera les pays du nord et du sud à rechercher plutôt ce qui les unit et les enrichit que ce qui les oppose et les sépare. La construction des grands ensembles est en cours, le monde se réorganise.

La modernité pourrait donc en conclusion signifier le passage d’une société tribale constituée de tribus dirigées par des cheikhs qui détiennent le savoir et le pouvoir à une société constituée de citoyens disposant de droits soumis à des obligations, dirigée par des Pouvoirs légitimes (élections, désignations selon des critères déterminés…). Les pouvoirs seraient déterminés par des textes juridiques qui seraient applicables à tous et placés au dessus de tous, Constitution, lois et règlement.

Le même schéma se retrouvera à l’école. Dans le système traditionnel, nous avons un enseignant qui détient le savoir qu’il transmet aux élèves qui l’assimile et le restitue. Dans le modèle moderne, le savoir se trouve à l’école et en dehors de l’école. Le rôle de l’enseignant n’est plus seulement de transmettre des savoirs mais d’apprendre à l’élève à réfléchir, à travailler méthodiquement et à utiliser les savoirs acquis dans sa vie de tous les jours. L’enseignant doit aider l’élève à se construire pour devenir un futur citoyen qui réfléchit et utilise et développe ses propres capacités et compétences.

En d’autres termes, la modernité signifie que l’individu prend conscience de son individualité, réfléchit et construit son avenir  en s’appuyant sur sa raison et sa foi mais  dans un groupe et avec le groupe en élaborant  des règles applicables à tous qui permettent le respect de l’individu mais aussi le respect de l’intérêt du groupe pour construire une société harmonieuse. Dans un pays, cela s’appelle la cohésion nationale.

Le projet de société et la politique éducative d’un pays sont intimement liés. A ce sujet Ardino, cité par Chabchoub écrit « il ne peut pas y avoir un changement réel de l’école sans qu’un projet de société nouvelle vienne lui donner un sens ; qu’il n’est possible de concevoir un changement social profond sans se donner les moyens d’une éducation appropriée à le promouvoir. » ( 23 )

Docteur G.Rachedi, Université de Perpignan Via Domitia. 

Notes de bas de pages :

Not[1]  ASCHER, François, Les nouveaux principes de l’Urbanisme, Editions de l’aube, Région Nord Pas de Calais. L’auteur est président du conseil scientifique de l’institut « Pour la ville en mouvement ».

2 – CHABCHOUB, Ahmed, ouv. cité, p. 20 : il cite CHARABI, H, (1990), Sens de la modernité in la critique culturelle de la société arabe, Beyrouth, n° 83  (en arabe).

3 – ARKOUN, Mohamed, « La philosophie, c’est l’autonomie de la raison… », in El Watan du 30/01/2006, Bureau de Paris.

4 – CHABCHOUB, Ahmed, ouv. cité, p. 30 : DOMENACH, JM. (1986) Approches de la modernité, Paris : Ecole polytechnique, p. 15.

·          Il faut justement préciser que le clonage humain pose des problèmes d’éthique et de morale relevés par  des pays qui ont interdit  son expérimentation.

5 – MOKHTARI, Mourad,  Entre confessionalité de l’Etat et la laïcité du droit, 1ème   partie,  in El Watan du 22/08/2005.

6 – SIMON, Jacky et LESAGE, Gérard, ouv. cité, p. 272.

7 – Ibid, p. 327.

8 – MOKHTARI, Mourad, Entre la confessionalité de l’Etat et la laïcité du droit, 2ème partie, in El Watan du 23/08/2005.

9 - Voir à ce sujet, la thèse de Doctorat en  Droit privé de Louisa HANIFI, La dissolution du lien oonjugal du vivant des époux, publiée par la revue franco-magrébine de droit, N° 16 2008, éditée par le centre d’études et de recherches juridiques sur les espaces méditerranéens  et africains francophones de l’Université de Perpignan.

10–– MOKHTARI, Mourad, Entre la confessionalité de l’Etat et la laïcité du droit, 2ème partie, in El Watan du 23/08/2005,  l’auteur cite F.P. BLANC, Islam et/en laïcité, Ed. Puf, Col. Que sais-je, Paris, p. 4.

11 –CHEBEL, Malek, Manifeste pour un Islam des Lumières, Hachette Littératures, Paris, 2004, p. 73.

*Fiqh : jurisprudence islamique. Correspond au droit canon des ecclésiastiques chrétiens. Il est surtout le cadre rationnel dans lequel s’exprime le théologien. Outil performant, le fiqh est devenu un système clos et pesant, définition de l’auteur p.201.

12 – Ibid, p. 73.

13 – Ibid, p. 26,

14 – MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières, Ed. Grasset & Fasquele, 1998, P.59

15 – CHEBEL, Malek, Manifeste pour un Islam des Lumière,. p. 198.

16 – Ibid, p. 190

17      – ARKOUN, Mohamed, Humanisme & Islam, combats et propositions, Barzakh, Alger, 2007, p. 92.

18      – BENZINE, Rachid, Les nouveaux penseurs de l’Islam, Albin Michel, Paris 2004, p. 17.

19      – GUTAS, Dimitri, Pensée grecque, Culture arabe, Aubier, Paris 2005, traduction de l’anglais par CHEDDADI Abdesselam, p. 288-289.

20      – MASSON, D, Essai d’interprétation du Coran, ouv. cité, p. 323,  Sourat XIII, Verset,11.

21      – GUTAS, Dimitri, ouv. cité, p. 257

22      – MAALOUF, Amin, Les identités meurtrières, ouv. cité,  p..16 – 17.

23 - CHABCHOUB, Ahmed, ouv. cité p. 11 

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14 juillet 2009

Rêver d'une école républicaine avant la république, c'est placer la charrue avant les boeufs !

Dans une correspondance qui m'a été adressée, une universitaire - chercheur, docteur en droit public et qui a mené une étude comparative du système éducatif algérien avec d'autres pays, a plaidé pour une mobilisation de tous ( société civile, famille, ...) pour redéfinir la politique de l'éducation nationale et de l'extirper des mains bricoleuses.

Même si je partage complètement son analyse et sa suggestion et que je crois, comme elle, que l'éducation nationale est une affaire publique qui exige la mobilisation de tous les segments de la société et que l'émancipation s'arrache de haute lutte, je reste toutefois sceptique sur l'efficacité de cette fiche de route si on est tenté de croire que le changement est possible dans la continuité du système politique tel qu'il est conçu, façonné et dirigé depuis l'indépendance à nos jours.

Sans verser dans un pessimisme béat et sans pousser le constat jusqu'à naviguer dans un fatalisme morbide, je dirai que la mobilisation de la socièté civile et l'engagement citoyen des familles dans l'effort de la modernisation de l'école passent inéxorablement par la refonte du système politique en vigueur.

Dans le schèma politique actuel, le corps de la société civile telle qu'il est conçu et comparativement à d'autres pays démocratiques n'est qu'un leurre et une chimère. L'Algérie dispose d'un tissu associatif dense mais majoritairement contrôlé, manipulé et assujéti par le pouvoir en place. Le verrouillage médiatique accouplé à l'accentuation des clivages réels ou supposés entre les classes intellectuelles dites arabophones et francophones ont raidi un peu plus la pente de la décadence.

Une vraie politique d'une école réussie passe par le préalable d'une refonte révolutionnaire du système en place et la mise sur pied d'une république qui croit au triptyque : Liberté, Diversité, Tolérence. Une fois l'environnement politique assaini, chaque segment de la société aura la marge de manoeuvre necessaire pour faire valoir ses choix et participer sainement à l'effort de reconstruction. Sans cette rupture radicale avec le régime en place, toutes les contributions intellectuelles, aussi pertinentes qu'elles soient, ne seront que des prêches dans le désert. Tant les décisions effectives se tiennent ailleurs et selon un agenda et des interêts occultes.

Dans l'Algérie d'ujourd'hui , Contribuer à l'illusion d'un débat serein sur les secteurs stratégiques est du domaine du possible; participer à l'élaboration des politiques stratégiques est du domaine d'un rêve qui hante l'intellegenscia algérienne depuis 47 ans.    

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03 juin 2009

Bombe à Timezrit : 10 morts et 2 blessés

Le premier examen du BEM à se dérouler à Timezrit, un chef-lieu communal, situé à l’orée de la tristement célèbre forêt de Sidi Ali Bounab, à 20 km des Issers, dans la wilaya de Boumerdès, ne se sera pas achevé dans la sérénité. Hier en fin de journée, le convoi ramenant les copies des élèves du centre d’examen, escorté par des policiers qui assuraient aussi la sécurité dans et autour du collège, a été attaqué par un groupe terroriste dont le nombre dépasserait la trentaine, selon des informations recoupées. Le bilan est très lourd : 10 morts et 2 blessés. Parmi les morts, il y a 8 policiers et 2 enseignants chargés de la surveillance des épreuves. Le chef du centre de l’examen et un chauffeur de l’APC de Timezrit ont été, quant à eux, blessés. Selon des témoignages concordants, une bombe artisanale a été actionnée à distance au passage du convoi au lieudit Taawint Tassemat, à la limite géographique des communes des Issers et de Timezrit, à 4 km environ du chef-lieu de cette dernière. L’explosion sera suivie de tirs nourris en direction des trois véhicules composant le cortège, deux voitures de la police et une autre (de type Toyota) appartenant à l’APC de Timezrit et transportant le staff administratif chargé d’assurer le déroulement du BEM. Nos sources indiquent que l’un des véhicules de la police a dérapé après que le conducteur eut été atteint. Les terroristes ont par la suite envahi la chaussée pour achever à l’arme blanche l’un des policiers et brûler l’autre véhicule

Il s’en est suivi un échange de tirs entre les survivants et les terroristes. Quelques minutes plus tard, un groupe de patriotes est arrivé du village voisin d’Aït Messaoud. Il sera rejoint par d’autres éléments d’autres corps de sécurité. Des coups de feu continuaient à être entendus durant plus d’une heure après l’attentat. Ce qui laisse dire à certaines sources que les terroristes auteurs de cet ignoble attentat ont été accrochés. L’armée s’est vite mobilisée pour cerner l’endroit et pilonner à l’aide d’hélicoptères ces maquis A l’heure où mettons sous presse, nous ne disposons pas de bilan de cette offensive. A rappeler qu’à la clôture de l’opération de vote d’avril dernier, un attentat avait eu lieu presque au même endroit. Une bombe avait explosé au passage du convoi qui ramenait les urnes de Timezrit et raccompagnait le personnel administratif vers les Issers. Cette fois encore, les terroristes ont observé les mouvements du convoi de la police sur cet itinéraire et préparé leur sale besogne.

Source : El watan

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30 mai 2009

L'agriculture, Que prévoit le gouvernement ?

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Le soutien de l’Etat au secteur de l’agriculture sera « illimité », a estimé jeudi dernier le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, dans ses réponses aux questions des sénateurs. Ainsi, l’Etat entend aller jusqu’à puiser dans le Trésor public afin de soutenir un secteur qui traîne toujours lamentablement la patte. Se référant au plan d’action du gouvernement, présenté par M. Ouyahia aux membres des deux chambres du Parlement, il est prévu l’injection de pas moins de 1000 milliards de dinars durant les cinq prochaines années, afin de sortir le secteur de l’ornière. Hocine Lamriben

Les producteurs agricoles, activant dans les filières de la céréaliculture, des légumes secs, de la pomme de terre, de l’élevage, de la production de viande et de lait et de l’arboriculture, bénéficieront d’un important soutien, fera savoir le Premier ministre. Un office de fruits et légumes et un programme de régulation du marché et des circuits de distribution seront mis en place. Le gouvernement veut encourager, par ailleurs, l’investissement dans les wilayas de l’intérieur et du Sud. Pour ce faire, il compte apporter quelques modifications relatives à l’investissement dans certaines wilayas du pays, jugées trop saturées. « La concentration des investissements dans les grandes wilayas pourrait nous inciter à retirer tout soutien ou encouragement en faveur des projets d’investissement dans les wilayas ayant bénéficié d’un grand nombre de ces projets », précise M. Ouyahia. Entre autres wilayas concernées, l’on a cité Oran, Annaba, Alger et ses environs. Toutefois, le Premier ministre a fait comprendre que cette question devrait passer par la sensibilisation des opérateurs économiques sur la nécessité d’investir dans les autres régions. Le Premier ministre a promis, dans ce sens, des mesures incitatives additionnelles pour soutenir l’investissement dans le secteur des entreprises publiques et les PME.

« Il est temps de booster les entreprises publiques qui disposent d’un marché et de capacités de production », dira-t-il, en révélant que le gouvernement se penchera en juin sur les cas Saidal et du complexe de construction de moissonneuses-batteuses dans l’objectif de leur apporter du sang neuf. Si M. Ouyahia a invité le patronat et les opérateurs économiques à adhérer aux chambres de commerce et d’industrie, il n’a cependant pas évoqué les remous que continuent de susciter les dernières mesures sur l’investissement auprès des chancelleries et des opérateurs étrangers. Interpellé par les sénateurs, le Premier ministre a rappelé la conviction de l’Algérie « à obtenir 51% des actions et maintenir le prix préférentiel du gaz utilisé dans ces industries », à l’instar du projet de l’industrie du fer et de l’acier avec le partenaire égyptien (El Iz) à Jijel. Abordant le sujet de privatisation des entreprises, il a soutenu que le processus n’était pas « flou ». Et pour apaiser tout accès de fièvre syndicale, M. Ouyahia affiche la disponibilité du gouvernement à examiner tout dossier de privatisation suspect.

Source : El watan

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18 mai 2009

Benbitour : "L'Algérie face à elle même, avant 2020"

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Invité du Club scientifique de l'Université de Boumerdes, L'ancien premier ministre Ahmed Benbitour a préconisé le développement des ressources humaines, le développement technologique et l’innovation pour remplacer les ressources naturelles et ce, avant que des problèmes majeurs n'etranglent l'Algérie à l'horizon de 2020. Ahmed Benbitour s'est élevé contre l'absence de stratégie adéquate et homogène au sein du gouvernement actuel pour faire décoller l'économie. " S'agissant de stratégie de développement, on entend deux sons de cloches au sein du même gouvernement", a - t - il tonné dans une salle archi - comble.

L'ancien premier ministre a préconisé plus de liberté et de démocratie et la mise en place d'espaces de reflexion pour explorer et mettre sur rail une stratégie cohérente de sortie de crise avant avant que les fantômes de l'après petrole qui hantent tous les algériens ne débarquent. crier sur tous les toits de l'Etat que les ressources naturelles continueront d'arroser le pays jusqu'à l'horizon 2040 est un leurre et l'echec consommé de la politique économique poursuivi au moment où le pic de production de l'énergie fossile recommande une action publique d'urgence, selon l'invité à cette rencontre dédiée à l'algérie d'après petrole.

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12 mai 2009

Et si Bouteflika décide de finir en beauté ?

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Un mois après sa réélection à la tête de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika semble se complaire dans l’inaction et l’immobilisme qui ont caractérisé les deux mandats précédents. En tout cas, la majorité écrasante des Algériens qui n’a pas voté le 09 Avril passé, n’en déplaise à Zerhouni et consorts, n’attend rien d’un homme qui ne s’est distingué, dix ans durant, que par le déroulement du tapis rouge aux islamistes de tout bord et l’ouverture des frontières douanières aux professionnels de l’investissement prédateur.

La reconduction totale du gouvernement Ouyahia et le rythme donné à la gestion des affaires tranchent avec la gravité de ton adoptée lors des discours de campagne sur la situation désastreuse du pays, et renseignent amplement sur la panne paralysante qui frape  l’action publique.

Il est aujourd’hui inadmissible d’entendre des voix s’élever pour nous reprocher de ne pas laisser au président  le temps nécessaire pour prendre l’élan. Dix années, marquées par des rentrées en devises providentielles et inespérées et une situation sécuritaire des plus favorables,  nous semblent plus que suffisantes pour mettre le pays sur les rails. Obama a, en quatre mois de prise de fonction, fait des pas de géant dans le remodelage de la politique américaine, à l’intérieur comme à l’extérieur. S’il est vrai que derrière le dynamisme du président américain se profile un programme bien ficelé et un chalenge politique à relever, l’absence d’un programme présidentiel clair et le plébiscite à la soviétique que Bouteflika s’est offert sur la base de slogans creux et insensés ne donnent pas à ce dernier le droit de naviguer à vue et de se permettre les caprices d’un sultan qui languit dans son harem. Les Algériens en ont marre et leur patience a des limites. Les émeutes qui éclatent chaque jour dans divers coins du pays sont autant d’indices de  « l’intenabilité » de la situation. Au lieu de passer son temps à acheter la paix sociale au prix fort, il est plus recommandé d’arracher une stabilité durable au prix de sacrifices suprêmes.

A la fin d’une carrière, Bouteflika a la chance inouïe de s’inscrire dans l’histoire en faisant de ce mandat un chantier de réformes institutionnelles sérieuses qui passent  nécessairement par une Assemblée Constituante qui mettra de l’ordre dans la maison Algérie. De par les pouvoirs qu’il s’est octroyés, Bouteflika a de quoi bâtir une Algérie de demain et se réserver une place au panthéon car, qu’il ne se trompe pas, les velléités dictatoriales ne le maintiennent au firmament du pouvoir que le temps d’une nuit pour se voir, à l’aurore, catapulté au fin fond des poubelles de l’histoire. Et dieu sait de combien de cadavres politiques , les poubelles de l’histoire regorgent.

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30 avril 2009

Travailleurs de toute l'Agérie libérez vous !

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   A la veille de la journée mondiale du travail, et en pleine situation de déprime économique et sociale, agravée par une volonté politique des décideurs d'étouffer toute voix revendicative et une vélliété acrue et tenace de casser tous les ressors de productivité nationale,  le comité national de préparation des assises du MDSL vient de nous faire parvenir un communiqué de presse dans lequel il appelle les travailleurs à se libérer du diktat de l'UGTA, imposé avec le soutien et la main forte du pouvoir en place, et à adhèrer au détachement syndical qu'ils estiment représentatif de leurs attentes.

Pour les lecteurs de "Cahiers Algériens", nous mettons à la disposition le texte integral du MDSL :

Pour un syndicat représentatif, autonome
et puissant des travailleurs !



En Algérie, à la veille du 1er mai 2009, le mécontentement et le ras-le bol de la société éclatent sur tout le territoire national. Les manifestations dégénèrent souvent en émeutes sauvagement réprimées par un pouvoir autiste qui masque les effets de la crise par un discours démagogique et étrangle tout espoir au changement démocratique par sa compromission avec l'islamisme politique.
L'UGTA, organisation « syndicale » domestiquée et instrumentalisée par le pouvoir, a définitivement tourné le dos aux intérêts bien compris des travailleurs en brisant toute velléité d'organisation de ces derniers et en cautionnant le recours aux brimades et à la répression à leur encontre.
Pourtant, les travailleurs ne se résignent pas à leur sort. Ils saisiront cette occasion du premier mai pour protester encore une fois contre un chômage endémique qui touche des pans entiers de la société et dont la manifestation la plus monstrueuse est le phénomène des harragas et dénoncer leur condition de pauvreté extrême, la corruption qui a gangrené le pays, les injustices sociales et l'arbitraire dont ils sont victimes.
Dans un contexte extrêmement complexe où pèse une crise mondiale financière sans précédent et où différentes forces centrifuges nationales risquent de conduire le pays à son implosion, la vigilance est de rigueur.
Il appartient cependant, aux travailleurs et à eux seuls, de se libérer du diktat de l'UGTA et de s'affranchir de tout clergé pour rejoindre le détachement syndical qu'ils estiment le plus représentatif de leurs intérêts ou créer les sections syndicales dont ils ont besoin pour organiser leur lutte. C'est de l'organisation à la base des travailleurs que naîtra un mouvement syndical puissant, représentatif et débarrassé de toute tutelle.
Le Mouvement Démocratique Social et Laïque (MDSM), souhaite à tous les travailleurs Algériens et du monde entier, pleins de succès dans leurs luttes pour de conditions de vie meilleures, et pour les libertés syndicales. Le MDSL appelle ses militants, sympathisants et amis à soutenir les actions de l'Intersyndicale Autonome de la Fonction Publique (I-A-F-P) à l'occasion de ce 1er mai 2009.

Vive la solidarité internationale des travailleurs !
Vive le 1er mai !
Alger le 29 avril 2009

P/ le comité national de préparation des assises du MDSL.

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22 avril 2009

Liberté de presse, à quoi joue Bouteflika ?

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A l’occasion de la cérémonie de prestation de serment, Abdelaziz Bouteflika, qui traitait les journalistes Algériens de commères de Bains Maures, a tonné à qui voudrait le croire que désormais , la presse sera mise à contribution dans la lutte contre la corruption en lui cédant plus d’espaces de liberté et de manœuvre.

En tenant un tel propos, politiquement correct,  Abdelaziz Bouteflika  a conféré à son speech les allures d’une confession d’un repenti marmottant ses péchés dans le parloir  d’une Cathédrale.

L’adresse du président, tonné à la fin d’une décennie marquée par des emprisonnements de journalistes, de suspension de Titres, de pacifications de lignes éditoriales, de refus inexpliqués d’agréments de publication et de pénalisation de l’acte de presse, sonne plus comme un aveu public de lèse liberté et du débordement intolérable du phénomène de corruption que d’une volonté d’ouverture.

Si la corruption, qui gangrène les institutions jusqu’aux bureaux mitoyens du président, dérange et agace par son amplitude , la suggestion de faire appel à la presse pour l’aider à la combattre sent plutôt  le parfum d’une menace à l’encontre de ceux qui ne veulent pas lever pied. Aller jusqu’à la concrétisation d’un tel engagement sur le terrain des libertés serait, pour son équipe et garde rapprochée, synonyme d’exposition fatale au risque d’être mis à découvert. Lui qui surfe sur du velours déroulé par les médias publics et entretenu par une certaine presse mise au pas par les quantités de pub déversés à  flots par les institutions et les entreprises des copains et des coquins.

Non, Bouteflika qui a mis au terroir tous les engagements pris en public et avec plus de solennité dans le propos, comme ce fut le cas lors de la création de la commission de la réforme de la justice ou celle d’enquête sur les événements de Kabylie, ne pourra jamais signer l’arrêt de Mort d’un système qu’il a modelé, couvé et entretenu. Ceux qui ont mis du zèle à falsifier le passé ne peuvent prétendre montrer la voie du futur car la liberté de presse est une voie lactée vers un avenir meilleur qui ne peut s'accomoder d'un tel mélange de genres.

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17 avril 2009

Le système politique Algérien, Mode d'emploi

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En imposant par la force et le bourage des urnes Abdelaziz Bouteflika à la tête de l'Etat, et pour la troisième fois consécutive, le pouvoir militaro - politique d'Alger a réussi la maintenance sur orbite d'un système vieux de 47 ans. Pour gagner le pari de mettre, à chaque fois, l'homme qu'il leur faut, les vautours d'Algérie usent d'une recette axée sur des procédés mariant des methodes staliniennes et des stratègies maffieuses.

La repression

Pour assoir sa mainmise, le pouvoir militaro - politique commence par un coup de force dont le cycle a pris l'elan, en 1957, en pleine guerre de libération, avec l'assassinat de Abane Ramdane , architecte de la révolution, principal animateur du congrès de la Soumam et farouche defenseur du principe de la primauté du civil sur le militaire dans ses projections du futur Etat algérien indépendant. Le coup de force sera caractérisé ensuite par une série de coups d'Etat, tantot brutaux, tantot blancs, d'assassinats d'hommes historiques osant défier l'ordre établi à l'instar de Mohamed Khmisti, Krim Belkacem, Mohamed Khider, Said Abid, Chabani, Mohamed Boudiaf...etc, sans compter les miliers de militants du FFS en 1963, la repression sanglante de toute voix discordante( les évenements du printemps berbere en 1980 et du printemps noir de 2001 en Kabylie où pas moins de 126 jeunes froidement assassinés par la gendarmerie nationale, les événements de constantine en 1983, ceux de la Casbah en 1986, ceux d'Oran en 1986, ceux, d'une rare férocité, de Ghardaia en juin 1985 ...), l'emprisonnement et la torture d'hommes de droits de l'homme comme se fut le cas lors des divers évenements de Kabylie ou des évenéments d'Octobre 1988.

L'intox

Quand la repression ne paie plus, le système militaro - politique use et abuse d'une politique d'intox infernale. Ainsi, le pouvoir Algérien distille dans les régions arabophones, à chaque début de mouvement de contestation en kabylie, les folles et invraisemblables rumeurs, selon lesquelles les kabyles incendient le Coran et reclament une scission. Biensur, l'Etat prend le soin de boucler tout le territoire rebelle pour ne rien laisser filtrer et s'acharne à étouffer les revendications à coups de matraques , de balles et simulations de noyade. Ayant compris très tot le caractère rétif de la Kabylie, le pouvoir s'emploie à faire de l'anti-kabylisme une stratègie de communication et un alibi de maintien au pouvoir.

Le vérouillage médiatique

Lors du regne du parti unique , le pouvoir controlait toutes les lignes éditoriales et les comités de censure étaient jusqu'aux portes de ports et d'aéroports. Tous les murs semblaient avoir les oreilles des Services. Après le lefting pseudo - démocratique , le paysage médiatique a connu une mini révolution dans le domaine de la presse écrite mais , dans l'audiovisuel les choses n'ont pas bougé d'un pion. Les JT sont toujours des voix de propagande du sytème. Seuls les journaux privés nés dans la parenthèse 1988 - 1992 bénéficient d'une certaine liberté de temps mais ce luxe a malheureusement un prix fort. Les journalistes sont des abonnés permanents des tribunaux et les fragiles entreprises de presse sont souvent soumises au dictat des imprimeurs et du fisc. Après le coup dur asséné au journal Le Matin , la tendance va malheureusement, et de plus en plus,  à l'auto- censure.

Le vérouillage politique

Incapable d'endiguer le cycle des échecs économiques et sociaux, le pouvoir fait dans le verrouillage politique. Il maintient l'Etat d'urgence, decrété au début 1992, interdit les marches de contestations pacifiques à Alger, multiplie les embuches pour toute activité politique des partis agréés, refuse d'agréer des partis politiques légitimement créés, fait chanter les associations et les acteurs de la société civile ...

la fraude électorale

Pour légitimer leur maintien au pouvoir,le pouvoir militaro - politique nous désigne un candidat et le légitime par le recours à des élections truquées et entachées de fraudes massives. Idem pour les élections locales et parlementaires, où des quotas semblent répartis d'avance faisant briller une vitrine de démocratie pourtant de façade.

Le chantage

Faisant vivre aux populations rurales une décénie noire , faite d'assassinats collectifs, de viols, de rapts et d'exirpations de fonds, le pouvoir militaro - politique algérien fait dans le chantage en envoyant chez eux des commis de l'Etat, des reponsables militaires locaux et des clients avérés du régime  leurs expliquer que la fragile paix revenue est dûe à la continuité du système et qu'un changement de régime est porteur de risques pour leur vie. Come quoi, la survie des populations martyrisées est à l'ombre de la casquette et des rangers.

La corruption

Riche de sa mainmise sur les recettes des hydrocarbures, le pouvoir corrompt un bon nombre de personnes . Les sommes colossales déboursées lors des dernières élections présidentielles pour acheter des voix renseignent amplement du degré d'engagement du système sur cette voie dangeureuse. Même les entreprises privées n'ont pas échappé à l'effort de sape politique. Pressées par le régime, sous menace de représailles , les patrons n'ont pas trouvé mieux que mettre la main à la poche pour contribuer à cette entreprise de pacification sans précédent.

Moussa Tertag

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11 avril 2009

Mensonge, quand tu nous tiens !

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74,54 % de participation à l'élection présidentielle algérienne et un blébiscite à 90,25 % du chef de l'Etat en exercice, Abdelaziz Bouteflika. Si le résultat à la soviètique obtenu par l'homme fort d'Alger n'est pas surprenant - il est même prévisible - , vu la qualité des adversaires, le taux de participation annoncé par le ministre de l'interieur, Nordine yazid Zerhouni, sent la manipulation et un bourrage évident des urnes . Aux élections américaines, où on a vu des marées humaines, portées par l'Obamamania euphorique, patienter des heures pour accéder aux bureaux de vote,le taux decliné n'a pas dépassé les 64 %. En plus, et de l'avis de tous les observateurs, l'election de jeudi passé n'ont rien à voir avec les elections de novembre 1995 qui ont porté Liamine zeroual à la tête de l'Etat. En 1995, l'engouement était tel qu'il est immoral aujourd'hui d'annoncer que la mascarade de jeudi lui est identique ( en 1995, avec toutes ces marées humaines, le taux était de 75 % ; En 2009, des bureaux pratiquement vide par moment, le taux est 74 % ). Mais il ne falait pas s'en étonner, le premier ministre l'a annoncé à maintes reprises avant jeudi : Que le peuple vote ou boycotte, le président passera comme il le veut. Et Bouteflika a voulu une participation massive et un plébiscite à la soviètique, dont acte.

Ceci dit, l'election présidentielle a tout de même mobilisé un électorat important avoisinant les 40 % à l'échelle nationale et dépassant les 15 % en kabylie où on redoutait un fort taux d'abstention. Une telle estimation partagée par une grande partie des observateurs nationaux et etrangers est déjà une prouesse pour le régime et un échec cuisant pour l'opposition.

la prouesse de l'un et l'echec de l'autre sont dûs à des facteurs multiples tels que l'absence d'une opposition bien structurée, le recours des populations rurales, durement éprouvées par les affres du terrorisme,  au vote -  refuge de peur d'une instabilité politique porteuse de dangers pour leur vie, un vote plutôt de sanction de l'opposition que d'allegence au pouvoir en place, notemment en Kabylie désabusée par les luttes intestines entre démocrates pour le leadership, la corruption de l'acte de vote, métamorphosé en opportunité de gagner un peu d'argent , notemment chez les jeunes frappés de plein fouet par le chômage et la crise sociale- pour ce faire, le régime a puisé à fond la caisse dans le trésors public. Dans certaines localités, notammant en Kabylie, le directoire de campagne de Bouteflika a promis le paiement de tout jeune qui se présentera avec une carte de vote estampillé de la griffe officielle " A Voté". Comme quoi, un régime incapable de trouver des solutions au pays  se découvre géniteur d'un procédé politique impensable ailleurs.

Toutefois minimisons les dégats. Les résultats annoncés portent en eux les germes de la fin d'une ère. Celle de la tromperie. Parce que,  au bout de course, la désillusion, réelle cette fois ci, sera à la mesure de l'engouement fabriqué. Et parce que un pouvoir qui distribue, sans compter des rêves insaisissables finira par nous livrer le cauchemar redouté. Une citation célebre dit " on peut tromper quelqu'un tout le temps, on peut tromper tout le monde un temps, mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps".

Pour finir cette parenthèse en attendant des jours meilleurs, un proverbe kabyle dit " Suivons le menteur jusqu'au seuil de sa porte, puis on verra". La majorité du peuple, restée chez elle jeudi passé, n'en déplaise aux fabricants d'images de l'Entv, semble résignée à cette sagesse populaire.

Moussa Tertag

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