15 novembre 2009
Algérie: Le combat berbere depuis 1945
8 mai 1945, la France libérée de la Wehrmacht subissait son destin et s’employait à dominer le nôtre. Terrible répression, des milliers de morts. Les islamistes d’alors somnolaient sous le fez turc. Assimilationnistes, ils restèrent respectueux envers la « générosité de la glorieuse France » tant qu’elle tolérait ou protégeait les rites musulmans. Ferhat Abbas perturbait le sommeil des morts dans les cimetières sans pour autant trouver de réponses à ses questions sur la nation algérienne. Sa culture bourgeoise le sommait d’écrire « …J’ai visité tous les cimetières, j’ai questionné des morts, l’un après l’autre, sur la nation algérienne et nul n’avait une réponse » Voila un homme, devenu premier président du gouvernement provisoire algérien qui s’était rendu dans l’au-delà avant d’y être officiellement invité. En marge, les partisans de l’identité berbère s’activaient à préparer l’insurrection. La chanson patriotique “Ekker a mmis umazigh” (Debout, fils d’Amazigh) conçue en hymne appelait à la lutte armée contre la France. Avant les événements du 8 mai 1945, Benaï Ouali, un militant berbère acquis depuis longtemps au principe de la lutte armée contre la France, propageait les thèses anticolonialistes. Il développera le PPA en Kabylie. Au premier congrès du PPA-MTLD (février 1947), il intégrera le comité central. Avec ses amis, Amar Ould Hamouda et M’barek Aït Menguellet, ils avanceront, honorant la mémoire de leur ami Mi Laïmeche, décédé une année plus tôt en août 1946, l’impératif de la prise en charge de la question identitaire. Ce qui ne sera pas du goût de Messali. Bien que la dimension berbère soit reconnue par une grande partie des cadres du PPA-MTLD, l’Algérie de Messali a une mémoire courte. Elle est née avec l’invasion arabe. Sectaire, Messali Hadj voyait dans la berbérité le syndrome d’une contre-révolution périlleuse pour la "Umma ". On parlera de la "crise berbériste" alors qu’il s’agissait d’un complot anti-berbère ! Messali ne cessera jamais de dénoncer les militants de la cause berbère. L’administration coloniale lui tendra la perche. Elle procédera à l’arrestation de Amar Ould Hamouda, Saïd Oubouzar et bien d’autres. Ils seront frappés d’ostracisme et poursuivis par l’anathème jusqu’au fond de leur cellule. Les services de renseignements français joueront la carte Messali. Ils exploiteront avec quelques succès l’attentat en août 1949, commandité par la direction du PPA, contre un militant berbère, Ali Ferhat, pour faire diversion et isoler le courant progressiste. La propagande coloniale distillait dans la conscience algérienne la menace d’un mouvement séparatiste : le Parti du Peuple Kabyle, le PPK. Une bénédiction pour Messali, il va exposer une lettre qu’aurait écrite de prison Benaï Ouali dans laquelle il prêtait allégeance à la fantomatique organisation. Ce faux, distribué dans les rangs du PPA, isole les tenants de l’aile radicale, laïcs, patriotes, partisans de la lutte armée ils seront accusés de sécessionnisme. A partir de l’année 1952, plusieurs militants de la cause amazighe seront assassinés. Ali Rabia, Amar Ould Hamouda et M’barek Ait Menguellet, taxés de berbéro-communistes, seront éliminés physiquement en 1956. Benaï Ouali, pourtant mis en garde par le colonel Ouamrane, sera exécuté, lui aussi, en 1956. Les responsables politiques du FLN se cantonneront dans le silence devant ces crimes fomentés et perpétrés par des officiers supérieurs de I’ALN dont Krim Belkacem. Excité par la ruse et la jubilation, Ahmed Ben Bella, de son lieu de détention, applaudira la mise à mort, le 27 décembre 1957, de l’idéologue de la plate-forme de la Soummam, Abane Ramdane. En 1981, dans son journal El Badil, il manifestera encore une fois son animosité envers Abane « le laïc qui a contaminé le mauvenient révolutionnaire ». Il récidivera en 2002 sur la chaîne El Jazeera en accusant Abane d’être un « traître » 1962, le mythe de l’Algérie française rendait l’âme, l’Algérie nouvelle naissait et les espoirs que l’on croyait permis seront étouffés. Ben Bella, premier Président prescrit à l’Algérie, ne voyait « pas de socialisme ni d’avenir pour le pays sans l’arabisation ». L’hymne à l’indépendance n’avait pas encore retenti que Ben Bella nous reniait par trois fois. Il déclarait de Tunis : « Nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes » II crut nécessaire de surajouter, « nous sommes dix millions d’Arabes » D’instinct, la Kabylie s’oppose à celle dérive panarabiste. La contestation initiée par Krim Beikacem, entre autres, sera prise en charge par Aït Ahmed qui lui donnera une coiffure socialisante version Tito. La lutte des clans sera à l’origine du Front des Forces Socialistes (FFS) et fera de la Kabylie le théâtre d’opérations militaires. 422 personnes périront. Aït Ahmed sera arrêté et, selon toute vraisemblance, autorisé, par la suite, à s’évader, en 1966. Le terrain était propice à la prise du pouvoir par le courant militariste. La gangrène fascisante s’en empare avec l’arrivée de Mohamed Boukherouba de l’armée des frontières. Par populisme ou par superstition, il prend pour nom Houari Boumediene, nom de deux marabouts de l’Ouest. Toutes ses tentatives visant à réduire à néant la conscience berbère resteront vaines, même s’il conditionne, par ordonnance à partir du 26 avril 1968, le recrutement des cadres à la maîtrise de la langue arabe. Bravant les chantages du régime, des étudiants, créent un cercle culturel berbère à la cité de Ben Aknoun. En 1968, commencera alors le cycle de conférences animées par l’écrivain Mouloud Mammeri et en 1969, Saïd Hanouz et Mohand Arab Bessaoud lanceront à Paris l’Académie « Agraw Imazighen ». Quoiqu’artisanale, l’institution verra son champ d’activité s’étendre à tout le sous-continent nord-africain. En signe de parade, Boumediene arborera son orgueil devant les nations quand il abritera en juillet 1969 le Festival Culturel Panafricain, il invitera toutes les cultures du continent à chanter le fier guerrier de nos contrées... Par contre, il interdira de scène la chanteuse et romancière kabyle, Taos Amrouche. Tous les artistes Kabyles feront l’objet de la même discrimination. Dans le microcosme politique, le silence est sidéral. La fameuse UNEA, l’Union Nationale des Etudiants Algériens, pourtant liée au courant socialo-communiste, n’émettra aucune objection... Son « soutien critique » au pouvoir ne la préservera pas des foudres du dictateur au cigare. Dissoute en 1971, ses membres seront arrêtés et torturés. Les sigles n’échapperont pas à la folie d’arabisation. La Jeunesse Sportive de Kabylie est transformée en Jamïat Sariï al Kawakeb. L’aberration ! La réforme du sport est dictée par le seul souci d’arabiser l’environnement et par là, les consciences. Cet acharnement conduira l’armée aux côtés des gendarmes et policiers à réprimer la population de Larbaa Naït Irathen,(Kabylie) lors de la fête des cerises en juin 1974. La foule était mécontente d’être forcée à écouter, au centre de la Kabylie, seulement des chansons en arabe, La chanson kabyle connaissait pourtant un essor enviable avec un répertoire de qualité, enrichi par les talentueux, Ferhat Mehenni, Idir, Aït Menguelat, et bien d’autres. Le mépris officiel envers la culture berbère interdit l’enregistrement à l’état civil des noms autres que musulmans. Les nouveaux venus devaient naître d’abord arabes et musulmans pour devenir ensuite algériens, quand ils en auront la conviction. Des lycéens sont exclus pour le seul « crime » d’avoir accueilli une pièce de théâtre de Kateb Yacine dans la langue de leurs ancêtres. Cette haine fera basculer un fils de chahid, Mohamed Fliaroun, dans la violence. Avec trois de ses amis, Smaïl Medjeber, Kaci Lounès et Hocine Cheradi, il dirigera les attentats à la bombe contre le siège du journal El Moudjahid (seul quotidien en langue française) et les tribunaux militaires d’Oran et de Constantine. Leur objectif était d’attirer l’attention sur le problème et non de faire des victimes. Evidemment, Boumediene suivait de très près le mouvement de Haroun. Ses services, en sous-main, « l’encouragèrent » afin de diaboliser la Kabylie. Haroun et ses amis seront condamnés le 2 mars 1976 par la Cour de Sûreté de Médéa à la peine capitale. Ils ne seront graciés qu’après 12 années de détention. Le régime de Boumediene inaugure la foire des constitutions taillées sur mesure. En juin 1976, l’Algérie est définie « partie intégrante de la nation arabe » par une charte dite nationale. Le feed-back ne tardera pas à venir, ce sera le 19 juin 1977, date commémorative du « redressement révolutionnaire ». Lors de finale de la Coupe d’Algérie de football opposant l’équipe de Kabylie à celle de Hussein Dey, les supporters Kabyles prennent à partie Boumediene, présent dans la tribune officielle, et scandent des slogans hostiles à son pouvoir. Pour la première fois la démocratie est revendiquée dans la rue. Boumediene s’attaquera à la connotation kabyle du club récalcitrant. Il s’attelle à l’intégration immédiate des clubs dans les entreprises sous prétexte de parrainage. La JSK changera de nom encore une fois et devient Jamïa Electronic Tizi-Ouzou (JET), intégrée à la Sonelec, une entreprise nationale. Le génie populaire facétieux transforme JETen... Jugurtha Existe Toujours. En 18 ans d’indépendance, la Kabylie est restée de marbre devant toutes sortes de provocations, privations et d’interdictions. Le dédain, loin de diminuer ou de rabaisser son attachement à son identité, ne fera que l’accroître. L’annulation le 10 mars 1980 de la conférence de Mouloud Mammeri sur « Les poèmes kabyles anciens » qui devait avoir lieu à l’université de Tizi-Ouzou donnera le signal d’une série de grèves et de manifestations qui vont mettre à mal la quiétude du régime arabo-islamique de Chadli... Après le 11 mai, les marches se succéderont à Tizi-Ouzou et s’étendront à Alger. Les forces de répression donneront l’assaut sur l’université de Tizi-Ouzou le 20 avril 1980. Une opération baptisée “Mizrana” est lancée à 4 h du matin par les unités spéciales de l’armée et de la police contre les étudiants à Hasnaoua et Oued Aïssi. La cité de jeunes filles de Medouha ne sera pas épargnée. Les chiens sont lâchés. C’est le bruit de bottes et la matraque. Des professeurs sont arrêtés à leur domicile. Tout le personnel de l’hôpital, médecins et infirmiers, est remplacé par des militaires. Le printemps de 1980 donnera naissance, formellement, au Mouvement Culturel Berbère (MCB). La télévision algérienne, moulée dans le mensonge et la vindicte, appellera au lynchage des Kabyles « traîtres et impies qui ont brûlé et le Coran et l’emblème national » ! Vingt-quatre meneurs seront arrêtés. Inculpés de délits passibles de la peine de mort, ils seront présentés à la Cour de Sûreté de l’Etat de Médéa le 16 mai 1980. Les 24 détenus, seront néanmoins libérés le 25 juin 1980 sous les pressions populaires. En août de la même année, des militants se regrouperont en séminaire à Yakourène, site forestier au cœur de la Kabylie. Le séminaire mettait en relief la problématique de l’identité culturelle du peuple algérien et s’étendait, politiquement, sur des propositions touchant la décentralisation des moyens et des pouvoirs de décision ; c’est-à-dire, la consultation et la participation des travailleurs et des paysans pour tout ce qui relève de leur domaine. La réponse du pouvoir aux exigences de citoyenneté sera, bien évidemment, la diversion puis, à nouveau, l’enfermement des contestataires. Le 23 mai 1981, vingt-deux militants du Mouvement Culturel Berbère, seront encore arrêtés par la police à Alger, sous les chefs d’inculpation suivants : atteinte à la sûreté de l’Etat et à l’unité nationale, constitution de collectif à caractère subversif, complot et rébellion, atteinte à la personnalité nationale, rédaction, détention et diffusion de tracts et de documents séditieux, association de malfaiteurs, port d’armes prohibées, destruction de biens publics. Ils passeront huit mois dans les geôles d’El-Harrach. A partir de là, la bataille politique s’intensifie. Chaque avancée du courant démocratique impose un recul à l’islamo-baathisme. Des droits, des libertés, des avantages sont arrachés à la dictature de Chadli. Sa réaction a été de s’attaquer aux figures de proue du Mouvement berbère. Le 12 octobre 1981, par décision du ministère de la Santé publique, le Dr Saïd.Sadi, médecin à l’hôpital de Tizi-Ouzou, est muté à Khenchela. Il s’y opposera. Des mutations arbitraires et de même nature toucheront d’autres militants démocrates. Le pouvoir s’enlisait dans sa politique, il appellera les islamistes à la rescousse. Ces derniers voyaient l’aubaine et l’occasion de casser cette Kabylie « impie » et récalcitrante. Le 2 novembre 1982 en signe d’avertissement, un militant berbère, Kamel Amzal, étudiant à l’institut des langues étrangères, est assassiné à l’arme blanche (sabre) dans l’enceinte de la cité universitaire de Ben Akoun par un intégriste, ancien parachutiste de I’ANP qui était venu prêter main-forte à ses amis. Offensif, un groupe de fils de chahid,( fils de martyrs) militants du MCB, crée une association pour défendre la mémoire des chouhada. Plus tard, des clans du pouvoir feront de ces regroupements des associations de prébendes où se disputent les prétendants aux logements, locaux commerciaux et autres lots de terrains. Rapidement, l’association est décapitée par des arrestations. Les islamistes vont frapper au Sud en juin 1985. Ghardaïa. Les Mozabites - berbérophones de rite ibadite- seront agressés par des Chaambas -arabophones de rite malikite- 2 morts, une cinquantaine de blessés sont à déplorer dans les rangs des Mozabites ainsi que la destruction de magasins et d’écoles leur appartenant. Le sectarisme, la suffisance, le mépris de la citoyenneté empêchaient les tenants du pouvoir de constater le changement qui se produit dans la société. Et au sein du Mouvement berbère, une nouvelle stratégie de lutte se précise. En juin 1985, un groupe de militants rassemblés par Saïd Sadi dépose les statuts de la Ligue Algérienne pour les Droits de l’Homme (LADH). Ils seront sérieusement réprimés et emprisonnés par le régime qui dans une campagne de presse les accuse d’être les supplétifs des services de renseignements français. Le poète et chanteur kabyle Lounis Aït Menguellet est arrêté chez lui à Ighil-bbwammas le 5 septembre 1985. Des armes de collection décorant le salon de l’artiste vont devenir des armes de guerre ! Quelques jours auparavant le quotidien gouvernemental « El Moudjahid » s’indignait de l’arrestation par le régime raciste de Pretoria du poète Steve Becko. Le pouvoir algérien dissimule hypocritement sa nature. La révolution est le terme chéri de son vocabulaire conservateur et archaïque, elle n’a jamais effleuré sa mentalité. Au nom du non-alignement, l’Algérie est terre d’asile de tous les politiques opprimés dans leurs pays. Elle offre le gîte aux Carlos et aux Abou Nidal et jette aux serres des tortionnaires, les poètes humanistes comme Bachir Hadj Ali. Aucun enseignement de l’histoire ne montre d’exemple où la force et la coercition aident un pouvoir à dominer durablement sans contestation. Le 5 octobre 1988, des manifestations populaires éclatent à Alger. Elles se propageront à plusieurs régions du pays. La répression sera féroce. 2000 morts en deux jours selon certaines sources. Le Mouvement berbère se refusait à sombrer dans la spirale de la violence. Matoub Lounès et ses camarades du MCB distribuaient des tracts appelant la population à une grève générale de deux jours. Il sera atteint de plusieurs balles tirées par un gendarme sur la route de Aïn El Hammam. Une préméditation qui visait l’embrasement de la Kabylie. Les enfants d’octobre vont ébranler le champ politique en Algérie. Les jours qui suivront verront l’ouverture du régime vers un pluralisme politique, du moins formel. Les 9 et 10 février 1989, les assises du MCB donneront naissance au Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). Pour la première fois, la revendication identitaire amazighe est portée publiquement sur le plan politique. 25 janvier 1990. Des centaines de milliers de personnes manifestent devant l’APN. A partir de ce jour, nous assisterons à deux variantes du MCB. L’une, se revendiquant du deuxième séminaire, sera chapeautée par le FFS, sous le vocable MCB Commissions Nationales et l’autre, sous la dénomination MCB Coordination Nationale dont la tendance se rapprochera du RCD.
in Vérités, anathèmes et dérives de Djaffar Benmesbah
01 novembre 2009
"Déjà le sang de mai ensemençait Novembre", de rené Vautier
René Vautier est un cinéaste engagé qui n’a pas froid aux yeux. A travers un film documentaire, qui s’intitule « Déjà le sang de Mai ensemençait novembre », dont algerie-focus.com vous présente des extraits inédits ,René Vautier a voulu rétablir la vérité sur un certains nombre d’évènements historiques, qui sont soit escamotés du récit que la France a fait de la colonisation de l’Algérie, soit relatés mais à travers encore une fois le regard triomphant du colonisateur. algerie-focus.com a choisi les extraits du film documentaire les plus marquants et les plus intéressants du point de vue historique. Il s’agit de témoignages rares de personnalités connues, comme l’écrivain Kateb Yacine, ou de simples algériens qui s’expriment sur l’histoire commune de l’Algérie et de la France du temps de la colonisation. Du commencement avec le coup de l’éventail, en passant par les tristes évènements du 8 mai 1945, et du comment Kateb Yacine juge l’œuvre du prix Nobel de la littérature Albert Camus, jusqu’à l’Algérie post-indépendance, » Déjà le sang de Mai ensemençait Novembre » est une charge qui tord le coup à plusieurs idées reçues.
29 octobre 2009
Lakhdar bouregaâ ( Ancien officier de la Wilaya IV ) :Pourquoi veut-on occulter l’histoire de la Révolution ?
Ceux qui le connaissent savent que Si Lakhdar parle carré, direct, au risque de heurter certaines sensibilités. Désabusé, il se révolte contre « l’insidieuse culture de l’oubli qui est en train de s’installer sans coup férir au sein de la société. Pour preuve, tempête-t-il, la célébration du 1er Novembre est à peine évoquée, sinon occultée ». « C’est un scandale, c’est une honte », tonne-t-il avant de réfréner sa colère.
« Remarquez que lors des célébrations auxquelles j’ai assisté par le passé, celles-ci se déroulaient presque dans la clandestinité. On se retrouvait le soir avec les autorités locales. La population était indifférente, les volets des fenêtres étaient fermés et les lumières éteintes. » « Est-ce ainsi qu’on commémore une date historique ? », s’interroge-t-il avant de « sortir » cette citation de Napoléon : « Que voulez-vous, dans les révolutions, il y a deux sortes de gens, ceux qui les font et ceux qui en profitent. » Un regard froid et accusateur, un ton rageur en direction des opportunistes de tous bords, de tous les usurpateurs qui, hélas, peuplent le paysage politique actuel. Il esquisse un soupçon d’agacement à l’évocation de certaines pratiques du pouvoir, puis se met à rêver à haute voix d’une société idéale. Si Lakhdar avait consigné, il y a quelques années, toutes ses colères dans un ouvrage autobiographique en arabe intitulé Témoin de l’assassinat d’une révolution. Témoin, mais acteur important, puisqu’engagé dans la Révolution, où il a eu un riche itinéraire.
C’est à El Ommaria qu’il vit le jour en 1933, le petit village des origines, dans l’arrière-pays médéen où les parents viennent fructifier les champs des autres. Ali, le père, un illettré, était un agriculteur sans terre qui trimait pour gagner sa vie. Passant sur toutes les péripéties qui ont jalonné son parcours militaire qui s’achèvera à Azzaba en 1955, Lakhdar fera ressortir la date marquante de mars 1956 où il retrouva tous ses anciens amis au maquis sous la conduite de Tayeb Djoughlali. En mai 1956, première rencontre avec les chefs historiques à Hammam Melouane, puis dans un hameau, au plus profond des massifs montagneux de Larbaâ. Abane, Krim, Ben M’hidi, Bouchaoui, Amara Rachid… « Ce fut presque un pré-Congrès de la Soummam », se souvient-il.
Engagement sans faille
En septembre 1956, Lakhdar rencontre, à Alger, Bougara, Mellah et Si Salah, de retour du Congrès. Lakhdar est déjà commandant de la katiba Zoubiria. Un opposant acharné puis, les événements s’accélèrent. En mai 1959, il est chef de région puis lieutenant de zone après la mort de Si M’hamed, ensuite commandant militaire de la Wilaya IV. A l’indépendance, il est député de l’Assemblée constituante, puis député élu et membre du Comité central du FLN, issu du premier Congrès. Son tempérament, et surtout sa quête de liberté l’amènent à jouer un rôle important dans la crise surgie entre l’état-major et le Gouvernement provisoire. « On savait qu’il y avait de profondes divergences à Tripoli, mais l’indépendance, croyait-on, allait mettre fin à ce conflit. Or la crise, au contraire, s’exacerba. Notre attitude était claire. Ne pas opter pour une partie contre l’autre. On a compris finalement que ce n’était pas pour des idéaux qu’ils se disputaient, mais pour la prise du pouvoir… » Perçoit-on aujourd’hui, en 2009, un quelconque frémissement à la veille de ce grand événement qu’est le 1er Novembre ? Tous les indices ne le signalent pas forcément.
« Je suis déçu car, apparemment, cette date historique ne semble revêtir aucun sens malgré toute la symbolique qu’elle véhicule. Alors qu’il y a un peu plus d’un demi-siècle et malgré leurs différences, une poignée d’hommes déterminés, nationalistes et sincères avaient choisi la lutte armée malgré les moyens infimes dont ils disposaient face à l’armada de l’occupant. Pourquoi ont-ils enclenché ce mouvement si ce n’est pour libérer ce pays et restaurer la dignité humaine ? Notre vœu aujourd’hui n’est pas exaucé complètement. L’élite de la Révolution est tombée au champ d’honneur. Un grand nombre de survivants se sont éclipsés et la gouvernance actuelle n’est pas de nature à rassurer le peuple. Mais ceux qui nous dirigent doivent méditer cet adage : ‘‘Quand l’eau du port monte, elle emporte tout sur son passage, grands et petits navires. Tout le monde est touché par la déferlante’’. »
Si Lakhdar dresse un tableau peu agréable de la situation actuelle. Il en parle avec colère : « La corruption se généralise et se propage à grande échelle sous les yeux indifférents du pouvoir. L’état d’urgence restreint les libertés, l’activité politique et étouffe la société civile, mais épargne étrangement la corruption. Comment expliquer que les auteurs des crimes économiques soient déférés devant des tribunaux ordinaires alors qu’on est en état d’urgence ? En état de guerre, ces actes délictueux sont considérés comme des crimes. Les scandales économiques sont étalés au grand jour dans la presse, mais sans en savoir plus sur les coupables souvent absents pour laisser place à des lampistes sans intérêt. Des milliards dilapidés impunément et puis le rideau de fumée qui se dissipe rapidement. Ces crimes doivent être jugés par des cours spéciales vu le caractère exceptionnel de la situation que nous vivons », explique l’ancien moudjahid. « Pendant la Révolution, rappelle-t-il, pour une modique cotisation non honorée, on pouvait passer de vie à trépas. »Si Lakhdar s’étonne que les autorités s’acharnent sur les jeunes désespérés dont la seule alternative à leurs yeux est la « harga ».
Pourquoi un tel gâchis
« Les harraga sont taxés ailleurs de terroristes, alors qu’ici, ils sont accusés de tous les maux. Historiquement, les harraga avaient fait, il y a des siècles, le trajet inverse en venant spolier nos terres, en nous brimant et en essayant d’acheter nos consciences. La France n’a jamais fait acte de repentance pour les crimes commis, et aujourd’hui, elle nous présente l’Union pour la Méditerranée comme la panacée. On nous demande tout simplement d’être des ceintures de sécurité des pays de l’autre rive de la Méditerranée, craignant un flux massif de l’émigration clandestine. Derrière cette idée, il y a une arrière-pensée, celle de nous faire oublier l’Union du Maghreb arabe, qui est l’une des revendications de la Révolution algérienne. L’histoire nous a appris que lorsqu’il y a problème au Machrek, le Maghreb pèse de tout son poids pour le régler. La réciproque est vraie et la Révolution algérienne en est un bel exemple. Aujourd’hui, une partie de ce Moyen-Orient compliqué est sous protectorat américain, l’autre partie sert de supplétif à Israël. Ghaza a été une leçon qui nous a fortement édifiés. La Syrie et le Liban sont des bombes à retardement prêtes à exploser à tout moment. Les pays du Maghreb sont démissionnaires. Ils n’ont ni poids ni crédibilité. Je considère la paix prônée par les Arabes comme une capitulation. Les leaders arabes se gargarisent d’illusions en prenant en otages leurs peuples. C’est la triste et amère réalité ! »
Triste réalité
Rétif aux embrigadements jaloux de ses libertés, Si Lakhdar avait réagi au lendemain de l’indépendance lorsque la liberté était en danger. Il a été l’un des fondateurs du FFS. « L’idée de la création de ce front est partie de l’Assemblée contre le pouvoir personnel et la répression. Le président de l’Assemblée était jeté en prison avec des élus du peuple. On ne pouvait rester les bras croisés. Le parti prônait des idées de progrès, de démocratie. Le FFS, le plus vieux parti d’opposition, est le seul qui a gardé ses principes, pour lesquels il se bat toujours », estime le vieux combattant. Evoquant la scène politique, Si Lakhdar tourne en dérision certaines situations. Il n’est guère tendre avec les partis politiques qui sont, selon lui, « l’expression d’associations à caractère de service après-vente pour consolider et entretenir le système ». De même, notre interlocuteur cogne dur sur les assemblées élues, caisses de résonance, qui légifèrent et décident, mais demeurent bizarrement muettes devant les dérives constatées ici et là. » Même s’il se considère pessimiste, Si Lakhdar ne voit pas toujours le verre à moitié vide. « Il y a sûrement une élite intellectuelle, des experts, des spécialistes dans différents domaines en mesure d’apporter un plus. Mais où sont-ils ? Indésirables, marginalisés, ils n’ont aucune tribune pour s’exprimer. » « Il y a un nouveau phénomène, explique-t-il. Avant il y avait des coups d’Etat au sommet. Désormais, ils sont décentralisés au niveau des partis écartelés par des crises préfabriquées. Regardez les partis, leurs déchirements suscités par le pouvoir devenu expert dans le détournement de l’opinion publique. »
A la question de savoir pourquoi les anciens se murent dans un mutisme complice, Si Lakhdar a cette réplique : « Nous, les anciens de la Révolution, on est semblables, mais divisés. Ceux qui sont au pouvoir sont différents mais unis pour préserver les positions acquises. C’est malheureux de le dire, mais la Révolution algérienne qui était à l’origine de l’indépendance de bon nombre de pays qui l’ont obtenue sur simple demande manuscrite, a été déviée de son cours et des principes qui l’ont fondée. La grande richesse qu’on a négligée, c’est la formation des hommes, et je crois qu’à ce niveau, le tort est partagé. » Pour Si Lakhdar, « la démocratie s’est imposée par le cours des événements, dans un contexte mondial en effervescence, revendicatif, où beaucoup de barrières sont tombées. L’indépendance, on l’a acquise. Mais est-ce que les objectifs pour lesquels on a lutté ont été atteints. Permettez-moi d’en douter. Lorsque le citoyen perd sa confiance envers ses dirigeants, envers la justice, que lui reste-t-il à faire sinon se rebeller contre le système. Gandhi, un grand humaniste, avait dit un jour que ‘‘la pauvreté est la pire forme de violence’’. Un autre proverbe bien de chez nous dit ‘‘qui sait tout souffrir peut tout oser’’ » L’imprévisible peut se produire à tout moment…
18 octobre 2009
La dédération de France, l'éternelle organisation au banc de touche
Exceptée la courte période de la présidence de Mohamed Boudiaf qui a réhabilité la Fédération de France, il a signé à cet effet le décret 93/11 instituant la Journée nationale de l’immigration, ni cette instance ni ses cadres ou ses militants ne sont une odeur de sainteté pour le pouvoir algérien. Mais alors pourquoi cette animosité ?
Il est incontestable que la bataille de Paris menée avec brio par les militants et les responsables de la Fédération de France a permis au FLN et au GPRA d’accentuer leurs pressions politiques sur le gouvernement français. En effet six mois après les événements tragiques du 17 Octobre 1961, le cessez-le-feu est signé le 19 mars 1962 par les représentants du GPRA et ceux de l’Etat français. Sur le déroulement de la guerre de libération, dés sa création la Fédération de France a fourni la logistique à cette révolution. Tout le monde s’accorde à dire que les militants de la 7e Wilaya finançaient à hauteur d’environ 80 % du budget nécessaire à la guerre menée par le FLN contre le colonisateur. Par ailleurs, la composante de cette instance a démontré ses hautes capacités à planifier des objectifs politiques, à élaborer des stratégies qui ont mis en déroute les plans de riposte élaborés par des hommes d’Etat et des concepteurs sortis des hautes écoles française. Elle a également fait étalage d’habileté à gérer des crises. Elle a été un terreau du militantisme pour l’émancipation des Algériens. Tous les mouvements politiques dont le cheminement a convergé plus tard vers la guerre et la libération du pays, à commencer par l’Etoile nord africain sont nés ou pris de l’ampleur au sein de l’immigration en France. Or, tout le monde s’accorde à dire aussi que la Fédération de France comme instance et ses cadres ont été marginalisés. Cela dure encore. Mais alors pourquoi cette exclusion ? « Parce que tout simplement la Fédération de France a pris une position de neutralité lors du conflit de l’été 1962. Elle a pris position qui sauvegarde l’idéal pour lequel des militants se sont sacrifiés.» Dira Ghafir ancien cadre de cette organisation. La divergence est fondamentale. Les uns courent pour le pouvoir, les autres pour des idées progressistes. D’autres arguments sont avancés. «La Fédération de France a subi le même sort que les Wilayas 3 et 4 parce que la majorité de sa composante est berbérophone.», a-t- on entendu. Abstraction faite de l’appartenance ethnique de ses militants et cadres, il est de notoriété publique que ces mêmes militants et cadres ont revendiqué au sein du FLN postindépendance, la citoyenneté pour les Algériens. D’ailleurs, à l’ouverture politique de 1989, un grand nombres de cadres et de militants se sont retrouvé à activer dans la famille des démocrates. «Eux qui ont combattu dans l’esprit du Congrès de la Soummam ne pouvaient pas cautionner le paternalisme despotique», estime un observateur
source : Le Soir
Bedar Fatima, une martyr à la fleur de l'age
Fatima n’avait que 15 ans, l’âge des rêves et de l’insouciance. Elle aurait pu en rester là. Que non ! Elle a refusé de grandir pour ne pas porter le fardeau de l’indignité. Elle s’est révoltée. D’abord contre sa mère qui lui avait interdit de sortir dehors.
Sa maman lui avait intimé l’ordre de garder son jeune frère pour qu’elle-même puisse rejoindre les femmes sorties manifester sur le pavé de Paris contre l’injustice. Les combats et souffrances des Algériens en France ont forgé chez cette adolescente née le 5 août 1946 à Béjaïa un sentiment de rébellion. A la fleur de l’âge, elle prend sa liberté pour aller au matin du 17 Octobre 1961 rejoindre au grand dépit de sa maman la manifestation et crier sa colère contre le colonisateur français. Elle est victime de la férocité des policiers parisiens et de la milice de Papon, le collabo de la Gestapo. Les milices du criminel de guerre l’ont jetée dans la Seine. Son corps a été retrouvé le 31 octobre par des ouvriers dans un canal de la ville parisienne. Il se disait à l’époque que les policiers du commissariat Stains dépendant de Saint-Denis avaient pour habitude de faire des descentes pour casser du musulman et de jeter des Algériens dans le canal et dans le fleuve. Bedar Fatima avait rejoint, en 1951, en compagnie de sa maman, ses frères et sœurs le papa ouvrier à Gaz de France. Aînée de la famille, elle était, au moment de son assassinat, élève au collège commercial et industriel féminin de Stains. Et dire que le papa de Fatima s’est battu pour la libération de la France ! Après avoir été capturé par les allemands, il s’évade des geôles des nazis pour rejoindre les troupes qui ont participé à la bataille de l’Italie. Il ne sera démobilisé qu’en 1945. Lui rendant hommage, l’Organisation nationale des Moudjahiddine lui dédie cette déclaration : «Ton suprême sacrifice qui est exemplaire doit demeurer éternellement le souvenir vivant dans la mémoire du peuple et particulièrement de la jeunesse d’aujourd’hui. »
Source : Le Soir
Hommage aux porteurs de valises
L’Association Machâal Echahid a organisé hier à Alger, à l’occasion de la Journée nationale de l’immigration, une rencontre pour rappeler le rôle des étrangers à la guerre de libération, notamment celui de la figure emblématique Francis Jeanson. Fondateur des «porteurs de valises», l’un des premiers réseaux de soutien au FLN, le philosophe et militant Francis Jeanson se voulait le défenseur des causes justes. Il s'était engagé très tôt aux côtés des combattants algériens après le déclenchement de la guerre de libération.
Ce réseau qui a porté son nom «le réseau Jeanson» a permis de collecter et de transporter fonds et faux papiers pour les militants du FLN opérant en France. «Les membres de ce réseau étaient des Français qui avaient milité pour la cause de l’indépendance algérienne. Ils ont assuré l’acheminement de 500 millions de francs au FLN en Tunisie. «Une opération qui équivaut à dix valises remplies d’argent», dira le professeur Amer El Khila. Pour sa part, Hassan Abdelkrim, ancien officier de l’ALN, a affirmé que «la révolution algérienne comportait des valeurs humaines que nous avons partagées avec nos amis et alliés français». Ces alliés qui, selon lui, furent non seulement des porteurs de valises mais aussi des porteurs d’espoir pour toute une nation.
Source : Le Soir
17 octobre 2009
Pascal Blanchard : Votre histoire est la mienne
Alors que l’on commémore aujourd’hui les massacres voilà 48 ans par le pouvoir colonial français d’Algériens qui manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu qui leur était imposé ; alors que cette année, comme toutes les années précédentes à la même date, des rassemblements sont prévus pour réitérer toujours les mêmes demandes non abouties encore — reconnaissance officielle des crimes commis par l’Etat français ; accès libre aux archives pour les historiens et citoyens et développement de la recherche historique sur ces questions dans un cadre franco-algérien et international — la France continue de refuser de faire face à son passé. Nous avons pensé utile d’évoquer, précisément avec un historien, ce pan de notre histoire et de lui demander pourquoi cet autisme de l’Etat français et où est-on aujourd’hui dans cette écriture de l’histoire. C’est Pascal Blanchard que nous avons choisi. Historien et chercheur, entre autres au CNRS, il a consacré toute son œuvre à l’histoire coloniale (45 livres et 4 films) et a travaillé sur une quinzaine d’expositions sur le sujet, parce que, dit-il, «c’est son histoire». Et de préciser : «Je n’ai pas épousé une Algérienne ; ma femme n’est pas antillaise ; mon petit garçon est blond ; mes parents n’étaient pas pieds-noirs et à la fac, j’ai fait histoire africaine. J’ai trouvé ça intéressant, c’est mon histoire et j’ai voulu travailler sur mon histoire.»
source : Le Soir
15 octobre 2009
La Turquie honore ses promesses de remettre à l'Algérie des archives de la période ottomane
La promesse des responsables turcs de remettre des archives relatives à la période ottomane à l'Algérie connaît un début d'exécution, a affirmé, mardi à Alger, le directeur des Archives nationales, M. Abdelmadjid Chikhi. "La promesse des responsables turcs de remettre, à l'Algérie, des archives relatifs à la période ottomane, à chaque fois réitérée, connaît un début d'exécution, avec la remise récente d'archives d'une rare valeur", a déclaré M. Chikhi à la presse, en marge du symposium de deux jours, organisé par les Archives nationales sous le thème "L'Algérie durant la période ottomane: Les relations politiques, économiques et culturelles".
Massacres du 17 Octobre 1961 : L'accès aux archives verrouillé
Si les faits du 17 octobre 1961 sont de plus en plus connus, le devoir de mémoire exige l’ouverture et l'accessibilité aux archives. Un accès verrouillé en Algérie, au moment où c’est accessible à la préfecture de Paris.
Salima Akkouche - Alger (Le Soir) - L’impossibilité de consulter les archives retraçant les faits de la nuit du 17 octobre 1961 à Paris, a suscité la colère de l’ancien président de la fondation du 8-Mai- 1945, Mohammed El Korso. Intervenant hier, dans le cadre de la commémoration du 48e anniversaire de la Journée nationale de l’émigration, qui coïncide avec les massacres du 17 octobre 1961, Mohammed El Korso, qui a été l’invité, hier, de l’association Mechaâl Echahid, estime qu’il est regrettable que les archives liées aux faits du 17 octobre 1961 ne peuvent pas être consultées en Algérie malgré leur disponibilité. Des archives, a-t-il précisé, remises aux autorités par deux figures importantes, à savoir Ali Haroun et Mohamed Harbi. «Il est impensable que l’on puisse consulter nos archives à la préfecture de Paris et que l’on ne puisse pas les ouvrir dans notre pays», a-t-il indiqué. Pourquoi après tant d’année, les institutions concernées continuent-elles de séquestrer ces archives ? Le motif invoqué, selon le conférencier, c’est que ces archives sont en voie de classement. Il s’agit d’un prétexte, selon l’historien, qui estime que l’on n’a pas besoin de tant d’années pour classer les archives. Pour que nul n’oublie et en hommage aux milliers de manifestants sortis dans les rues de Paris réclamer l’indépendance de l’Algérie, l’historien estime qu’il est temps que l’Algérie pense à ériger une stèle commémorative au nom de ces Algériens. L’autre sujet évoqué par l’intervenant est la poursuite de la France pour ses crimes. «Même s’il y a amnistie nous devons poursuivre la France en justice», a-t-il souligné. Lors de cette conférence, M. Korso est longuement revenu sur la répression qui s’est abattue sur les manifestants algériens venus à Paris dénoncer le couvre-feu raciste, imposé le 5 octobre 1961, par le préfet de police de Paris, Maurice Papon. «Papon a décidé, avec l’aval des autorités politiques, d’imposer un couvrefeu aux seuls Algériens». Officiellement, il a y eu deux morts ce jour-là. Selon le conférencier, le bilan est beaucoup plus lourd. Ce dernier évoque une centaine de morts, selon les chiffres avancés par des chercheurs. Le nombre exact d’Algériens «femmes, hommes et enfants», ayant trouvé la mort ce jour-là reste inconnu.
Le Soir d'algérie
07 janvier 2009
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