18 octobre 2009
Bedar Fatima, une martyr à la fleur de l'age
Fatima n’avait que 15 ans, l’âge des rêves et de l’insouciance. Elle aurait pu en rester là. Que non ! Elle a refusé de grandir pour ne pas porter le fardeau de l’indignité. Elle s’est révoltée. D’abord contre sa mère qui lui avait interdit de sortir dehors.
Sa maman lui avait intimé l’ordre de garder son jeune frère pour qu’elle-même puisse rejoindre les femmes sorties manifester sur le pavé de Paris contre l’injustice. Les combats et souffrances des Algériens en France ont forgé chez cette adolescente née le 5 août 1946 à Béjaïa un sentiment de rébellion. A la fleur de l’âge, elle prend sa liberté pour aller au matin du 17 Octobre 1961 rejoindre au grand dépit de sa maman la manifestation et crier sa colère contre le colonisateur français. Elle est victime de la férocité des policiers parisiens et de la milice de Papon, le collabo de la Gestapo. Les milices du criminel de guerre l’ont jetée dans la Seine. Son corps a été retrouvé le 31 octobre par des ouvriers dans un canal de la ville parisienne. Il se disait à l’époque que les policiers du commissariat Stains dépendant de Saint-Denis avaient pour habitude de faire des descentes pour casser du musulman et de jeter des Algériens dans le canal et dans le fleuve. Bedar Fatima avait rejoint, en 1951, en compagnie de sa maman, ses frères et sœurs le papa ouvrier à Gaz de France. Aînée de la famille, elle était, au moment de son assassinat, élève au collège commercial et industriel féminin de Stains. Et dire que le papa de Fatima s’est battu pour la libération de la France ! Après avoir été capturé par les allemands, il s’évade des geôles des nazis pour rejoindre les troupes qui ont participé à la bataille de l’Italie. Il ne sera démobilisé qu’en 1945. Lui rendant hommage, l’Organisation nationale des Moudjahiddine lui dédie cette déclaration : «Ton suprême sacrifice qui est exemplaire doit demeurer éternellement le souvenir vivant dans la mémoire du peuple et particulièrement de la jeunesse d’aujourd’hui. »
Source : Le Soir
Commentaires
Je pense à Fatima, aux opprimés d'hier et d'aujourd'hui.
Étranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés
Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos
Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.
Jacques PRÉVERT Grand bal du printemps
(La Guilde du Livre,1951 ; Éditions Gallimard,1976 )
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