29 juin 2009
L'URGENCE DE L'AMNISTIE GENERALE, Pourquoi ?
Peu l'avaient écouté à l'époque. « Dès sa réélection en 2009, Bouteflika prononcera une amnistie générale et permettra au FIS de retourner sur la scène politique ; oui, le champ sera rouvert aux enfants du Front dans le cadre d’un parti politique », avait déjà révélé, en décembre 2007, Ahmed Benaïcha, l’ancien émir de la branche armée du FIS, dans les colonnes du journal arabophone El Bilad.
L’ancien chef terroriste reconnaît l’existence d’un projet politique clairement défini: « Il y a en ce moment plusieurs initiatives pour donner corps à cette solution politique qui va faire l’objet d’un consensus entre les nationalistes et les islamistes. »
Cette solution politique, Benaïcha l’appelle « solution finale », celle qui solderait le contentieux de 1992 né de l’annulation des législatives remportées par les islamistes et de la dissolution du FIS. Elle prévoit une réhabilitation totale et publique du parti dissous.
«Les chefs des deux autres partis de l’alliance présidentielle, le RND et le MSP, ne s’empressent pas de soutenir Bouteflika pour un troisième mandat, parce qu’ils ont eu vent de "la solution finale" préconisée par le président et promise au chef de l’AIS. Ils savent que le retour du FIS dissous sur la scène politique signifie la fin de leur légitimité en tant que représentants du peuple.»
Comment ne pas le croire ?
Said Bouteflika règnerait alors sur un pays où les islamistes n'auraient plus aucune raison de prendre les armes.
D'où l'urgence de l'amnistie générale !
C'est un projet cher à Bouteflika.
Dans son livre La force qui nous manque , la juge franco-norvégienne Eva Joly, raconte comment Bouteflika l’a sollicitée dès le printemps de l’année 2005 « Il a besoin de s'épancher. À un moment, il s'approche, pose sa main sur moi et me dit :”Eva, c'est terrible ce que vit mon pays. J'ai lu vos livres, j'entends ce que vous dites. Mais si j'exécute les islamistes, si je fais arrêter les militaires, les tueries vont reprendre, j'ai peur de ne pas y arriver…Je voudrais faire une grande loi d'amnistie”.
Il avait déjà essayé de réhabiliter le FIS dans la précipitation, sans que le rapport de forces politique ne le permette.
Cela s'était solldé par une lamentable pitrerie.
Nous étions à la fin du mois d’août 2007 et le chef de l’ État venait, en cavalier seul, de donner un brusque coup d’accélérateur au pacte avec les intégristes : il accorda aux anciens du FIS, dissous et à ceux de l’Armée islamique du salut (AIS), le droit de revenir à la politique, contredisant ainsi les lois du pays. Les chefs de l’AIS se sont engagés, en effet, à « persuader » leurs amis terroristes encore actifs d’abandonner les maquis. Dès juillet, ils font parvenir, au nom du président Bouteflika, un « message de paix » aux émirs du GSPC.
En contrepartie d’une si louable prestation, les dirigeants intégristes recevraient carte blanche pour créer un « nouveau FIS. »
Mais, une grande partie de la hiérarchie militaire désapprouvait cette transaction machiavélique, funeste pour le pays, aventureuse pour eux.
Alors, avec une ruse de diablotin, et comme pour rendre irréversible le pacte avec Bouteflika, Madani Mezrag le rend public le surlendemain 16 août, en conférence de presse, et annonce la création prochaine d’une nouvelle formation politique qui succéderait au FIS. « Des droits politiques et civils nous ont été accordés dans le cadre de l’amnistie, et notamment la participation aux élections, et ces droits inquiètent déjà certaines personnes influentes au pouvoir, qui cherchent à nous barrer la route. Nous concrétiserons ce projet s’il le faut sans l’approbation du ministre de l’Intérieur », ajoute-t-il, laissant entendre l’appui direct de Bouteflika.
C’est là qu’entre en scène l’auguste baladin qui va redonner son lustre au vaudeville : Zerhouni.
Instruit par Bouteflika, il se résigna à confirmer, le 2 septembre, les propos de Mezrag : « Les activistes de l’Armée islamique du salut dissoute, qui ont fait part de leur intention de revenir à l’activité politique dans un nouveau parti, peuvent présenter leurs dossiers ! »
Bien que rien ne surprenait plus de la part d’un personnage aussi lourdaud, les propos du Zerhouni jetèrent le trouble au sein de l’opinion.
Ils sont, en revanche, chaudement accueillis par les dirigeants du parti dissous. « Zerhounir a agi en tant qu’homme d’État qui respecte la loi et la Constitution ainsi que le droit des citoyens à s’organiser dans un cadre légal » déclare aussitôt Madani Mezrag à El Khabar.
À quelle heure de la nuit les « parrains d’en face » ont-ils fait à Zerhouni « une proposition qu’il ne pouvait pas refuser » ?
Le mardi 4 septembre, fidèle à sa renommée, le ministre se rétracte à partir de Jijel, déclarant devant des journalistes ébaubis : « Tout retour des responsables du parti dissous sur la scène politique est exclu. Ceux qui évoquent aujourd'hui le retour des anciens responsables du FIS à l'activité politique semblent oublier que la plaie du terrorisme est encore ouverte »
La pirouette fit rire tout Alger.
Mais en 2009, on ne rit plus ! Bouteflika aura "domestiqué" le clan des généraux et il lui faut, au plus vite, signer l'armistice avec les islamistes en capitulant sur le point central : la réhabilitation politique. Le retour à décembre 1991 !
Sans l'amnistie, point de réhabilitation politique pour les islamistes. Et sans réhabilitation politique, pas de "paix" pour le règne bouteflikiste.
C'est le second chantier de Bouteflika avant 2011 : l'amnistie !
Avant 2011, si Dieu lui prête vie...
Source : le matin
Commentaires
Angoisses
L'angoisse qui marque la série d'articles que vous venez de publier est palpable.
Il en ressort que l'amnistie qu'envisage e Président Bouteflika, pour mettre fin à une subversion armée, fait craindre à tous les commentateurs l'inéluctable remontée en puissance du parti islamiste et l'instauration d'une théocratie en Algérie à court terme.
Selon les articles précédents, relatant et commentant les attentats meurtriers commis par les maquisards islamistes (ou bandits de grand chemin, ou encore "forces spéciales" des services de sécurité), ce terrorisme n'avait plus de lien avec le FIS qui avait dangereusement menacé la jeune démocratie algérienne.
L'amnistie concernerait spécifiquement l'islamisme politique, avec l'espoir qu'elle convaincrait les partisans de la lutte armée de ne plus y recourir.
Quelle solution institutionnelle imaginez-vous pour mettre à l'abri l'Algérie de cette dérive que tous les adeptes fervents d'une religion (quelconque) considèrent comme tout à fait normale? *
À quoi s'ajoute le fait que les religions, si elles trouvent un avantage à participer au pouvoir, puisent aussi des forces dans les persécutions qu'on leur fait subir.
Il y a un exemple qui n'est pas évoqué par les articles que vous reproduisez et qui est celui de la Turquie, dont le réformateur, Mustapha Kemal "Atatürk" fit garantir la pérennité de son oeuvre par l'armée dont il était issu et par l'équivalent de notre conseil constitutionnel.
L'évolution politique de la Turquie montre la fragilité de ce rempart, auquel la Turquie devrait renoncer si elle s'intégrait à l'Europe!
*En Europe, c'est l'affaiblissement des convictions religieuses qui a fait que les "chrétiens-démocrates" sont devenus progressivement plus démocrates que chrétiens. Certains partis ont fini par faire disparaître cette référence de leur dénomination. Pour autant, tous les pouvoirs européens doivent tenir compte des exigences des "lobbies" religieux divers.
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