03 juin 2009
Blanchiment d'argent en Algérie : les révélations
Les chiffres donnés hier par les participants à la journée d’étude
sur la protection de l’économie nationale organisée par la commission
de défense de l’APN au cercle des militaires ont de quoi donner le
tournis. Il s’agit notamment des flux d’argent qui sont transférés vers
l’étranger de manière frauduleuse, des gains tirés de la vente de
produits contrefaits ou encore de produits bloqués au niveau des ports
parce que non réclamés par leurs propriétaires qui s’avèrent être des
prête-noms. En matière de blanchiment d’argent uniquement, on apprendra
de la bouche d’Abdelmadjid Amghar, président de la Cellule du
traitement du renseignement financier (CTRF), que la structure qu’il
dirige a reçu pas moins de 130 déclarations de soupçons qui lui ont été
transmises par des banques et des établissements financiers pour les
trois premiers mois de l’année en cours. Un chiffre apparemment appelé
à augmenter puisque, au cours de l’année dernière, la même cellule a
reçu 233 déclarations.
Les 363 dossiers douteux représentent près
de 7,8 millions de dollars. Des déclarations de soupçons faisant état
de mouvements bancaires douteux ou encore de l’incapacité d’identifier
la provenance de l’argent de tel ou tel client. En d’autres termes, de
l’argent blanchi qui pourrait être le produit d’un crime (corruption,
trafic de drogue). Toujours en matière de blanchiment d’argent, les
communicants, lors de cette journée parlementaire, nous apprendront que
400 containers sont bloqués actuellement au niveau des différents ports
du pays parce que leurs propriétaires ne se sont pas manifestés,
démontrant ainsi qu’en fait ils ont servi de simples prête-noms.
Ce
blanchiment d’argent provient aussi du produit de trafic de
stupéfiants, de cigarettes et de produits pyrotechniques introduits
avec la complicité de douaniers indélicats. Les produits contrefaits
représentent à eux seuls la bagatelle de 600 millions de dollars.
Concernant le transfert de capitaux, le représentant de la douane a
indiqué qu’en 2008, ses services ont saisi 10 millions de dollars sur
des voyageurs. Aussi a-t-il été décidé d’instaurer un système de
gestion des risques en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.
Un système qui consiste dans la sélection des opérateurs intègres qui
ont pignon sur rue auxquels toutes les faAcilitations seront accordées.
Le but étant, bien entendu, de se concentrer sur ceux des fraudeurs
porteurs de risques. Tout comme il a été décidé d’assainir le corps des
commissionnaires en douane, généralement complices dans les fraudes
commerciales. D’ailleurs 900 d’entre eux ont vu leurs activités
arrêtées et 100 importateurs ont également vu leurs activités
suspendues pour non-paiement d’impôts. Ajoutez à cela la tricherie sur
les valeurs, les faux documents ainsi que le paiement d’une partie de
la marchandise (par les importateurs) par le circuit bancaire et
l’autre partie par la valise. Le phénomène de la contrebande a été
largement évoqué lors de cette journée parlementaire, très instructive
au demeurant. Cheptel, carburants, cigarettes, produits alimentaires
subventionnés, autant de créneaux qui se sont révélés porteurs et
rentables pour les criminels et dont la connexion avec le terrorisme
n’est plus à démontrer.
Source : Latribune
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