29 novembre 2008
CHADLI BENDJEDID, lievre de Bouteflika ?
Aujourd'hui, la presse nationale algérienne s'ouvre sur la sortie publique de l'ancien président de la "république" , Chadli Bendjedid. Aprés 17 ans de silence, l'homme, sous le regne duquel le grave dérapage politique de l'Algérie était arrivé redécouvre l'usage du micro pour nous jurer au nom de tous les saint
s qu'il était l'homme démocrate par excélence et qu'il aurait pu mettre les renes du pouvoir politique entre les mains du peuple si n'était la volonté farouche des clans qui nichent dans les sphères du système de le maintenir dans le carré des dictatures.
Sans jeter un brin de doute sur "ses vérités historiques", les révélations de l'ancien président Chadli Bendjedid soulèvent quelques interrogations légitimes sur le pourquoi de sa sortie et sur le timing choisi.
Et si cette sortie publique, à quatre mois de la présidentielle la plus fermée de l'histoire récente du pays, était commandée par les architectes des coups d'Etat blancs ? Il n'y a pas plus longtemps qu'une semaine, des journaux tentaient de nous vendre Liamine Zeroual, autre ancien président de "la république", comme une alternative plausible à même de renverser l'ordre établi par Bouteflika à coups de corruptions, de repressions et de réaménagements constitutionnels et institutionnels. A défaut de trouver dans "l'opposition" des outsiders à même de donner du crédit à une joute jouée d'avance, Bouteflika et ses vautours ne sont ils pas en train de puiser dans le silo familial des candidatures qui peuvent lui donner une replique susceptible de donner de la légitimité à son hold up de la voix populaire. Bouteflika n'est il pas en train de penser à se distinguer des autres "présidents de la république" en se fourvoyant comme ils l'avaient fait eux au paravant, un autre mandat illégitime avec cette note en bas de page qu'il est meilleur artisan qu'eux dans l'art du détournement ?
Attendons les jours à venir pour voir. Mais d'ici là, nous nous demandons comment Chadli Bendjedid, s'il vient de répondre aux sons de cloche de la manipulation, va - t -il nous vendre une image de marque quand on sait que sous son regne la gauche algérienne, porteuse de tous les espoirs, a été reprimée et mise à la vindicte des islamistes; et les berberistes, fervents défenseurs de la république démocratique et plurielle, ont été maintes fois sauvagement réprimés - la Kabylie n'est pas prête d'oublier un certain 20 avril 1980. Et si, par ailleurs, certains châteaux des provinces françaises nous parlent de la source picunière de leurs acquéreurs ?
Attendons pour voir.
Moussa TERTAG
25 novembre 2008
Vautours d'Alger
Après plus de 21 mois de rude campagne, Barack Obama gagne les élections américaines
et s'atele en ce moment à former son cabinet et à désigner son armée de conseillers qui sera constituée de plus 9000 personnes qui sont la crème de l'intellegentia de la première puissance mondiale. En même moment, Abdelaziz Bouteflika, en fin de deux mandats chaotiques, et après de longues reflexions au sein du cabinet noir, trouve la solution à son maintien à vie aux commandes du pays, en se taillant une constitution à sa juste mesure.
Pour mieux réussir son putsh original, Bouteflika s'est détourné de la volonté populaire pour se contenter du seul visa des députés mal élus et plus affairés à vider autant que peut les silos de la république couscoussière. Le choix de la voie parlementaire est plus dictée par un souci d'éviter un revers majeur que par une volonté d'éviter une dépense publique qu'aurait engendrer l'organisation d'un referendum. Si le régime en place excelle dans l'art de détourner des voix, il sait pertinemment, Bouteflika en tête, qu'une abstention massive des urnes entacherait profondémment la légitimité du nouveau texte fondamental. De par sa nature, la constitution ne peut se comparer à la candidature des hommes. Faire accéder frauduleusement un apparatchik à la cabine de commandant n'est pas une perte de virginité à un Etat constemment violé et violenté, mais faire adopter une constitution à un pays dont le peuple s'en détourne serait tres tres mal digéré et sur le plan international difficilement acceptable. Et Bouteflika, en professionnel putshiste et en diplomate avisé, en a trés vite compris la portée, d'où ce stratagème machiavéllique.
Maintenant que le graal est pratiquement acquis, Bouteflika, et contrairement au pauvre Obama, ne se soucie plus de la campagne électorale réduite de facto en un simple procédé juridique sans valeur politique tant les dés sont pipés d'avance. Quand au choix de l'équipe dirigeante, Bouteflika, roi sans couronne, ne s'embarrasse guère des barêmes arrêtés par Obama. Le critère est simple comme l'est l'esprit de ceux qui poussent le pays vers la dérive; il se résume au degré d'allégence au monarque et à la profonde affinité qu'il a avec le clan.
Au Etats Unis, les faucons de la maison blanche ont failli et s'apprêtent à quitter les lieux; En Algérie, les vautours d'Alger ont échoué et se maintiennent pour mieux dévorer tout, jusqu'à l'os. Triste réalité des choses.
Moussa TERTAG
20 novembre 2008
De l’instrumentalisation politique de l’armée dans la présidence à vie
Il n’y a assurément pas meilleur raccourci pour faire porter à Novembre, une valeur sûre et durable, par une valeur volatile et fluctuante comme le gaz et résumer ainsi l’Algérie de la fin de 2008. En 15 jours, le pays a été rattrapé par son histoire et sa géographie, et les formes de l’adoption de la Constitution actuelle renseignent sur la désinvolture des dirigeants à l’égard de leur peuple et des règles admises par la communauté des nations.
De la responsabilité des coups de force successifs dans la fragilisation des constitutions
Pour rendre l’actualité compréhensible, il est utile de se situer dans les chaînes des temps pour réaliser que la tentation totalitaire n’est pas nouvelle en Algérie. De hauts responsables, anciens et actuels, soucieux de conforter l’absence de contrôle sur leurs prérogatives, clament avec l’autorité que confère le dédain de sa propre souche que le peuple n’est pas mûr pour la démocratie. Ce même peuple qui, au demeurant, a libéré le pays et fait d’eux des dirigeants. Ils sont parfois relayés par des intellectuels qui empruntent leurs arguments au discours de l’anthropologie coloniale comme si le peuple algérien consentait uniquement à la tyrannie de ses propres enfants. Les mêmes expliquent aujourd’hui que la consécration du multipartisme par la volonté de la rue dans la Constitution de 1989 est à l’origine de l’irruption de la violence terroriste. Rien de plus faux et de moins conforme à l’histoire du monde d’aujourd’hui dans lequel la liberté et la justice sont les garants naturels de la stabilité et la démocratie un mode de gestion privilégié des rapports dans une société. Les causes de la crise sont profondes et datent en partie du premier coup de force contre la Constitution et Ferhat Abbas en 1963 immédiatement suivi de la mise en scène dans la salle de cinéma le Majestic d’une Constitution parallèle qui codifie le pouvoir personnel, interdit les libertés individuelles et collectives qui sont pourtant avec le système éducatif la matrice de tout apprentissage de la démocratie. La répression menée à l’est d’Alger par Ben Bella anti-kabyle primaire — cela doit avoir un rapport avec la qualité de ses relations avec Aït Ahmed pendant leur détention — a précipité en 1963 un parti politique national, le Front des forces socialistes (ffs) dans la résistance armée et privé l’Algérie de sa première opposition démocratique. De même que nos ulémas instruits au rite malékite, le plus tolérant et le plus réceptif à el ijtihad, avaient été réduits au silence, aux cérémonies de circoncision ou au mieux à l’introspection soufie. La Constitution proposée tardivement par Boumediène en 1976 avait été marquée par un large débat de clarification idéologique. En 1989, Bendjedid avait tenu compte des leçons des événements d’octobre 1988. Alors, le prosélytisme politique du FIS a, 30 ans plus tard, capitalisé ce passif pour le transformer en réceptacle dans lequel sont venues se cristalliser toutes les contradictions, les attentes frustrées, les ingérences étrangères mais surtout les ambitions de pouvoir les plus insensées. La loi fondamentale de 1996 qui vient d’être amendée représentait le produit de cette évolution, et la synthèse de la pratique constitutionnelle antérieure dont elle avait tiré les enseignements de la crise de 1992. La limitation du nombre de mandats et le tiers bloquant du conseil de la nation en sont les innovations les plus marquantes. Avant d’être soumise à référendum, elle avait satisfait aux critères du consensus en n’excluant personne des larges consultations politiques entre Zeroual, les partis politiques et une société civile naissante, suivies d’une dense concertation avec les institutions étatiques, les organisations socioprofessionnelles, le monde universitaire… Cette période avait initié les Algériens à un vocabulaire nouveau en politique intérieure : dialogue, concertation, consultation. L’histoire des Constitutions — qui fait l’esprit des institutions — porte certes l’empreinte de la personnalité de chacun des chefs d’Etat, renseigne sur les rapports de force du moment mais marque surtout le niveau d’évolution dans la formation du consensus national, indicateur probant de l’apaisement dans les apports sociaux, et de la maturité de la classe politique .
La présidence à vie favorise-t-ellela cohésion et la modernisation de l’armée ?
Faute de force politique interne réelle et organisée et d’un soutien international attendu — il faut bien plus que des discours pour avoir un poids diplomatique — et disqualifié par le 11 septembre de son rôle d’arbitre dans la crise interne, le président Bouteflika n’a pas eu d’autre choix que de s’appuyer sur le nouveau commandement de l’ANP jusqu’ à en faire sa principale force politique après l’avoir publiquement discréditée pour mieux se valoriser. Il n’avait pas besoin de le faire, car en sa qualité de commandant suprême des forces armées, leur affaiblissement ne pouvait que conduire à sa fragilisation. Le commandement de l’armée avait beaucoup de mal à convaincre Liamine Zeroual en 1996 d’adopter la formule de deux mandats de 5 ans, car il était obstinément attaché à sa proposition initiale d’un mandat unique de 7 ans non rééligible comme au Mexique (6 ans). Le ministère des Affaires étrangères, associé à cette opération en raison de sa vocation naturelle à mieux appréhender les réalités du monde, avait soutenu l’avis de l’armée, car la formule représentait et représente toujours la pratique internationale la plus dominante soit explicitement, soit comme tradition à l’exclusion bien sûr du monde arabe et de Mugabe en Afrique. Aujourd’hui, le nouveau commandement de l’armée renie le principe de l’alternance qui aurait pu lui épargner des arbitrages politiques aussi récurrents qu’inutiles. Craint-il le syndrome de l’élection présidentielle de 2004 qui avait rompu la cohésion qui faisait la force du commandement pendant les années de crise politique et de violence terroriste ou bien pense-t-il qu’une présidence ad vitam aeternam lui conférera plus d’autorité dans l’équilibre institutionnel, accélérera la modernisation de l ’armée et lui garantira davantage de considération dans la société ? Cette situation lui donne en fait l’illusion du pouvoir, lui fait jouer le rôle de fusible et l’expose au débat public contradictoire qui diffère le consensus national recherché par toutes les armées du monde. Chadli Bendjedid avait été le premier à saisir les risques susceptibles de miner la cohésion d’un commandement présent à tous les niveaux de la gestion du cycle des échéances électorales qui marque le rythme et la vie de la nation. Pour échapper à cette fatalité historique, l’armée n’a pas d’autre choix que de rechercher les opportunités de synergie avec sa société et avec les exigences de professionnalisation et de modernisation indispensables à l’identification et à la neutralisation des nouvelles menaces. Ce défi peut pourtant être relevé grâce à la qualité reconnue de ses ressources humaines aptes, par ailleurs, à soutenir comme celles du Portugal et de la Corée du Sud une expérience algérienne de transition démocratique dont le rythme et la profondeur seront comme en Turquie déterminés par le consensus politique et la clarification des prérogatives. C’est à la société civile et politique de présenter un « pacte de gouvernabilité » au commandement de l’armée et non l’inverse, si nous devions tenir compte des expériences de transition post-guerre dans le monde. C’est aussi l’esprit et le lien organique qui rattacheront l’ANP au socle doctrinal de l’armée de Libération nationale (ALN) qui a appelé à l’instauration d’une république démocratique et sociale, faute de quoi elle ne sera pas représentative de sa société et ressemblera, qu’à Dieu ne plaise, à n’importe quelle armée du Tiers-Monde. La stabilité relève également des premières missions de protection de la constitution de toute armée, mais elle ne peut être acquise sans l’engagement sans équivoque de son commandement en faveur de l’instauration d’un Etat de droit, seul garant d’institutions crédibles et d’une adhésion sincère des algériens. Or, il se développe une désaffection pour la chose publique qui explique en grande partie la faiblesse des taux réels de participation aux dernières législatives (moins de 15%) et communales (moins de 10%). Selon toute évidence, la crainte de soumettre le projet de Constitution au débat public et au référendum populaire dans les mêmes formes que celles de novembre 1996 dénote de ce défaut réciproque de confiance.
Des lobbies politico-financiers à l’alternance biologique dans la Constitution de 2008
Pour préserver leurs privilèges et immunité le plus longtemps possible, les milieux d’intérêt financiers et politiques les plus puissants ont pesé cette fois-ci de tout leur poids dans une conjoncture d’aisance financière qui n’a pas réclamé un besoin de sollicitation de quelque puissance étrangère comme en 2004. Alors, au lieu de reconnaître au peuple son droit de réclamer des explications sur la paralysie des institutions, les retards et les surcoûts des projets de développement engagés, la généralisation de la corruption, l’échec de la réconciliation nationale qui a consacré l’impunité et démobilisé la société, les soutiens du chef de l’Etat trouvent dans la présidence à vie le seul moyen « de parachever les chantiers en réalisation ». Dix ans auparavant et dans le même esprit, un membre du commandement de l’armée avait trouvé, par un glissement sémantique irrévérencieux envers le peuple, l’armée et le Président lui-même, que son candidat était le moins mauvais. Décidément, le manque de considération pour la perspicacité et l’intelligence des Algériens, plus fréquent ces dernières années, coïncide singulièrement avec les échéances électorales et devient proportionnel à la hiérarchie des enjeux. Si nous devions lier l’alternance à l’état des projets, qui par définition ne finissent jamais, seule une monarchie, un émirat ou un sultanat ou encore un empire centrafricain avorté est de nature à régler la question de leur agenda perpétuel, car le taux d’avancement de l’autoroute Est-Ouest est à moins de 15%, et elle ne sera pas achevée dans la meilleure des hypothèses avant 2020, l’eau de Beni Haroun alimentera Constantine, si Dieu le veut en 2018, la grande mosquée d’Alger est au stade des terrassements et la nouvelle économie des connaissances — une réalité déjà chez nos voisins — n’est pas encore programmée. Au rythme et dans la forme actuelle des réformes, les Algériens compteront encore pour bien longtemps sur le triptyque pétrole-pluie-solidarité familiale, et le terrorisme changera de forme sans changer de fond. Quant à l’architecture de la nouvelle Constitution, elle conduira à une remise en cause permanente de l’autorité du chef de l’Etat justement en raison de l’omnipotence de ses pouvoirs. Dans les faits, le président de la République, qui ne rend pas ainsi service à son successeur, nomme du simple agent communal aux plus hautes fonctions civiles et militaires et pose son arbitrage sur toutes les questions de la vie politique, sociale et économique sans contre-pouvoir aucun, à l’exception de 4 ou 5 titres de la presse indépendante, derniers bastions de la verticalité. Nous l’avons déjà vécu avec la tragédie de Bab El Oued, la sanglante et impunie répression du mouvement citoyen en Kabylie, le tremblement de terre de Boumerdès, les plus gros scandales financiers de l’histoire de l’Algérie (groupe Khalifa, Fonds national de développement agricole, banque BCIA et BNA, Brown Roots and Condor BRC… ), la loi antinationale sur les hydrocarbures. Dans tous ces cas comme dans d’autres, l’Assemblée populaire nationale n’a pas exercé son pouvoir de contrôle populaire ni proposé des commissions d’enquête qui précèdent et assistent la procédure d’ouverture de l’information judicaire d’ailleurs tout aussi soumise à l’instrumentalisation politique. Les députés partagent avec le chef de l’Etat la responsabilité sur le manque à gagner considérable estimé à presque 3 milliards de dollars entre le vote de la loi sur les hydrocarbures en mars 2005 et son retrait en juillet 2006, des engagements contractuels de plus de 5 milliards de dollars et un préjudice inestimable sur la crédibilité de la signature de l’Algérie. Tout ce scénario avait dissimulé un seul objectif, celui de plaire aux compagnies pétrolières et gazières occidentales et recevoir le soutien de leurs gouvernements pour un deuxième mandat qui aura coûté au Trésor public de quoi payer à l’Algérie plusieurs Barak Obama. Alors, le Président augmente substantiellement leur pouvoir d’achat et baisse dans la même proportion leur pouvoir parlementaire. Si les députés ne réclament pas une session unique de 9 mois comme partout ailleurs dans le monde et s’accommodent du statut de saisonnier parlementaire, pourquoi élargir les prérogatives du chef de l’Etat dès lors qu’il a gouverné pendant 10 ans sans contre-pouvoirs institutionnels et pas même le souci de sauver les formes pour préserver l’esprit de la Constitution ? Difficile de distinguer entre l’hypertrophie de l’ego dans la jouissance du pouvoir et un caprice de chef d’Etat du Tiers-Monde. Pour rappel, le Conseil national de transition (CNT ) pourtant non élu et désigné dans une conjoncture marquée par la violence terroriste et la législature de 1997, la plus représentative du pluralisme politique, ont exercé un pouvoir de contrôle de l’action de l’ exécutif d’une manière responsable sans complaisance ni concessions. Doit-on croire alors à la malédiction des anciens que notre pays n’avance que dans la douleur ? Il sera difficile dans l’avenir de remobiliser les Algériens dans la proportion des années 1990 parce que notre opinion publique est devenue flottante, observe les contradictions de ses dirigeants, se débrouille comme elle peut et se moque de tout zaïm qui croit à la chimère d’un lien sacré entre lui et le peuple. L’inscription du projet politique du Président en exercice dans la Constitution participe justement de cette pulsion irresponsable car l’introduction de données conjoncturelles et partisanes la ravalent au rang de loi organique alors qu’elle est par nature un acte consensuel. C’est pourquoi le statut actuel du Président a la forme d’un « sultanisme » populaire archaïque et débridé et ne correspond pas au tempérament des Algériens ni à leur sociologie. L’histoire du monde enseigne que le peuple doit plutôt être initié à l’exaltation de la nation et à l’amour de la patrie, éléments essentiels de la grandeur nationale. A force de jouer la religion contre la démocratie et vice versa — comme si elles étaient antinomiques —, notre système a produit aujourd’hui quelque chose d’hybride à la croisée de toutes les expérimentations. Si nous conjuguons cela avec la fermeture depuis 10 ans des champs politique, culturel et médiatique dans le but de contourner le débat contradictoire, nous déterminerons les responsabilités politiques graves de ceux qui ont laissé le soin à l’extérieur de pourvoir aux demandes de notre peuple formaté en conséquence. Les Algériens ne sont pas dupes, ils savent qu’il y a autre chose que le projet proposé sous l’emballage d’une honteuse vente concomitante, symboles de la Révolution et présidence à vie et ils l’expriment à leur façon en zappant et en ne votant plus. Il restera toujours une opposition informelle pour servir d’alibi démocratique et faire accroire que la tolérance, c’est le pluralisme. On lui interdit de se réunir en invoquant l’état d’urgence pour lui reprocher ensuite de ne pas être proche du peuple. Ou mieux encore, on lui suggère de se préserver et d’attendre les échos du silence, une vertu politique majeure en Algérie après que le commandement de l’armée eut choisi en 1998 Bouteflika justement pour s’être tu pendant 20 ans, dont dix de crise grave. Il est vrai que cette posture lui donnait le privilège d’être coopté par toutes les parties à cette crise, mais cette fois-ci, il est seul comptable de sa gestion parce que devenu primo-protagoniste d’une nouvelle crise et peut à ce titre être appelé à son tour à servir de lièvre par procuration.
Par Abdelaziz Rahabi
Dans la pure tradition d’une ère qu’on pensait révolue, on a assisté le lendemain de l’adoption du projet de révision de la Constitution à l’annonce de la découverte d’importants gisements de gaz dans les bassins d’Illizi et de Oued Mya et quelques jours auparavant on a convoqué séance tenante les symboles de la Révolution pour consacrer la mandature à vie.
Sid Ahmed Ghozali nous met face à nos réalités
Sid Ahmed GHOZALI est né le 31 mars 1937 à Tighenif en Algérie. Il est marié à Nadra MOSTTEFA. Issue d’une famille de notables de Guen
zet (Petite Kabylie). Il est père de trois enfants : Sabri (1970), Ladmilla (1976) et Salim (1979).
Après des études primaires à Nédroma puis secondtdaires à Oran, il rejoint le lycée Bugeaud à Alger pour les classes préparatoires (Mathématiques supérieures et Mathématiques spéciales).Il interrompt ses études pour répondre à l’ordre de grève décrété le 19 mai 1956 par l’UGEMA. En 1957, apres la fin de la grève, il reprend ses études en classe de Mathématiques spéciales au Lycée Montaigne à Bordeaux avant de rejoindre en 1958 l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris. puis en 1961, dans la même ville, le Centre des hautes études de béton armé et précontraint(CHEBAP).
En Septembre 62, il retourne en Algérie et occupe jusqu’en Avril 1964 les fonctions de Directeur de l’Énergie et des Carburants au Ministère de l’Énergie et de l’Industrialisation puis, jusqu’en Octobre 1964, celles de Conseiller pour l’Énergie auprès du Ministre de l‘Économie.
En Octobre1964, il est nommé Sous-secrétaire d’État aux Travaux Publics mais il démissionne du poste après le renversement du Président BEN BELLA le19 juin 1965.
De Mars 1966 à Mars 1979, il devient l’inamovible Président Directeur Général de SONATRACH avant d’embrasser la carrière ministérielle en occupant les responsabilités de Ministre de l’Énergie et des Industries pétrochimiques.
Entretemps, il est élu membre du Comité Central du FLN après la succession du Président CHADIi au Président BOUMEDIENE puis nommé Ministre de l’Hydraulique. Il est, rapidement, relevé de ses fonctions gouvernementales puis exclu de l’instance dirigeante du FLN après qu’il eut protesté contre les accusations officieusement lancées contre le contrat EL PASO contracté avec les USA pour la vente de gaz liquéfié.
Il effectue une pénible traversée du désert qui dure jusqu’en Août1984 et le conduit même devant la commission de discipline du parti. Ce n’est qu’en Aout 1984 qu’i se voit désigner Ambassadeur auprès de la Belgique , du Luxembourg et de la CEE.
Après les événements d’Octobre 1988, il est, de nouveau, membre du gouvernement au poste de Ministre des Finances puis, en Septembre 1989, de Ministre des Affaires Étrangères.
Au plus fort de la crise politique qui affecte le pays, il est promu Chef du Gouvernement et organise les élections législatives de Décembre 1991 dont seul le premier tour se déroulera.
Après l’assassinat du Président BOUDIAF qui avait été appelé pour diriger le Haut Comité d’État. Sid Ahmed GHOZALI démissionne de ses fonctions.il est, aussitôt éloigné des centres nerveux du pays, se voit désigner Ambassadeur à Paris.sidentielles de 1999 puis de 2004,il est depuis Mai 1999 le fondateur du Front démocratique, interdit de facto par les pouvoirs publics .
Empêché de se présenter aux élections pré
Dans cet entretien, Sid Ahmed Ghozali, accordé au journal El Watan, nous livre la vraie nature du système, ce qui anime réellement ses pontes et ses défenseurs, et nous face à la dure réalité que vit le pays et nous met face au terrible mensonge dont nous nous abreuve sans honte la propagande triomphante du système appelé à disparaître urgemment si un reste de la fibre nationaliste continue de vibrer dans les veines de ceux qui ont mis l'Algérie hors du cours universel de l'histoire mondiale en marche.
rojet de révision de la Constitution a été adopté par le Parlement ; l’élection présidentielle d’avril 2009 s’annonce fermée. Etes-vous de ceux qui pensent qu’il y a toujours moyen d’imposer une alternative ?
La révision constitutionnelle devrait être, dans la vie de toute nation, un événement très important parce qu’il s’agit de la Loi fondamentale. Malheureusement, chez nous, comme vous le constatez, on en parle depuis des années et on fait des révisions de la Constitution depuis années. Mais, plus étrange, on ne parle pas de la manière avec laquelle cela a été fait et le but de cette révision. Les Etats-Unis d’Amérique ont une Constitution qui n’a pas changé depuis un siècle et demi. Nous, en 45 années d’indépendance, nous l’avons changée à plusieurs reprises et de quelle manière ! Chez nous, nous changeons la Constitution en deux minutes. Pour vous, c’est l’événement, pour moi non. En tout cas ce n’est pas un événement réjouissant. Nous continuons à fuir l’instauration de l’Etat de droit. L’Etat de droit, c’est le respect de la loi. Il faut bien ouvrir les yeux, ne pas se mentir à soi-même. Dans la vie de tous les jours, aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique, nous vivons une situation caractérisée par le non-respect du droit. Malheureusement, la société est nécessairement façonnée par ses institutions. A partir du moment où ceux qui sont chargés de faire la loi et qui ont la responsabilité de veiller à son application ne le font pas, ce sont tous les éléments de la société, collectif ou individu, qui disent : puisque là-haut on ne respecte pas la loi, pourquoi nous, devons-nous la respecter ? On entre dans une espèce de jungle, ce qui est exactement le contraire de la société civilisée qui, elle, est mue par des règles du jeu que tout le monde respecte. Cela dit, on a des problèmes, tous les pays et toutes sociétés en ont. Cependant, ce qui devrait nous empêcher de dormir, c’est la non-solution de ces problèmes. Ces derniers ne nous viennent pas d’une mauvaise Constitution. Est-ce que franchement, c’est la Loi fondamentale qui empêche de dormir les Algériens ? Ce qui les préoccupe, ce qui les stresse, ce n’est pas cette Constitution. Alors, on imagine bien qu’elle a été changée pour un instaurer le troisième mandat. Vous avez dit que le jeu va être fermé lors des prochaines élections. Etait-il ouvert avec l’ancienne Constitution ? Etait-il ouvert en 2004 ? En 1999 ?
C’est différent. Cette fois, il y a le fait d’instaurer la non-limitation des mandats qui remet en cause l’alternance…
Je vous rappelle qu’on ne s’est pas gêné, il y a quatre ans et demi ou il y a neuf ans et demi de désigner un Président ? Les élections n’étaient qu’une parodie électorale. On sait très bien qu’en 1999, le président a été désigné, en 2004 également. Les élections sont devenues comme un rite, comme d’ailleurs lors des élections locales et législatives.
Donc pour vous, il n’y a aucune brèche qui pourrait être exploitée pour une alternative autre que celle qui est proposée...
Depuis des années, pas seulement à l’approche d’avril 2009, l’on s’accroche à cette question de savoir qui va être le prochain Président. Le Président est à peine en place qu’on pense déjà à celui qui le remplacera. Cela n’apporte rien de nouveau. Toutefois, on ne peut pas imaginer, dans un pays où la Constitution fixe les mandats présidentiels à deux seulement, qu’on change la loi fondamentale à la veille des élections présidentielles pour instaurer la non-limitation des mandats. Mais enfin, le pouvoir, le régime qui est en vigueur dans notre pays, a montré que quand il décide de quelque chose, il ne s’embarrasse pas de fioritures sur le plan du respect de la loi, puisqu’il n’arrête pas de violer la loi. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Puisqu’on parle de politique et d’élections, en effet, pourquoi des partis – je parle du mouvement Wafa et de l’Union des forces démocratiques (UFD) – sont-ils interdits de participer à la vie politique ? Pourtant, ce sont des partis parfaitement légaux et autorisés par la loi. Ils sont interdits parce que nous avons un régime qui ne respecte pas la loi. Le fait qu’il ne la respecte pas une fois de plus n’est pas un élément nouveau. Pour me résumer, le changement de la Constitution s’est opéré en deux minutes, comme d’ailleurs cela a été fait pour la langue nationale, tamazight. Cela s’est fait en deux minutes. Qu’est-ce que cela a changé sur le plan de la promotion de la langue amazighe ? Cela décrédibilise davantage l’idée de changer la Constitution, qui est quand même à la base de tout le reste. Qu’est-ce qui a fait le succès des Etats-Unis d’Amérique ? L’origine de ce succès n’est pas technologique, ni commercial, ni encore militaire. Vous pouvez poser la question à n’importe quel Américain, il vous dira : nous sommes une Constitution. Et la Constitution américaine n’a pas été touchée depuis la déclaration d’indépendance, en 1776. Et personne ne peut y toucher, c’est sacré. Bien sûr, ce n’est pas le Coran, on peut changer, et comme c’est une loi fondamentale, on la change le moins souvent. On la révise parce qu’il y a nécessité de le faire, parce que la vie et le développement de la société, les problèmes de la société l’exigent. Nous, on la change à tout bout de champ. On a commencé par une Assemblée constituante au lendemain de l’indépendance qui, après le coup d’Etat de 1965, a été mise sous le boisseau ; ensuite il y a eu une nouvelle Constitution en 1976, elle a eu le mérite d’être claire, elle était venue pour instaurer la démocratie. Ouvertement, elle ne reconnaissait la séparation des pouvoirs. Il y a eu également le changement suite aux événements d’octobre 1988. Vint par la suite la révision de 1996 et puis les derniers amendements. Ces changements ont-ils apporté quelque chose de nouveau à notre aptitude à faire face à nos problèmes ? C’est pour cela que je dis que c’est une tempête dans un verre d’eau. Ils n’apportent pas quelque chose de nouveau à nos questions. Ils apportent une réponse à laquelle nous sommes accoutumés : un refus obstiné de s’engager résolument dans l’Etat de droit. Est-ce que le Président juge qu’il n’a pas assez de pouvoirs dans les précédentes Constitutions ? La Constitution algérienne est celle qui donne le plus de pouvoirs au Président, plus qu’à celui des Etats-Unis d’Amérique. Non seulement il n’a pas ses pouvoirs, mais il a en face un Parlement, un Congrès qui a des pouvoirs égaux aux siens. Chez nous, est-ce que le Parlement a les même pouvoirs que le Président ? Non.
Tout le monde sait que la révision de la Constitution a pour but de faire sauter le verrou qui limite le nombre de mandats à deux dans la Constitution de 1996. L’objectif est le troisième mandat...
Il y a un précédent. Si le nombre de mandats est constitutionnel, la durée du mandat l’est aussi. Zeroual ne l’a pas respectée. Sur le plan purement juridique, la décision du président Zeroual d’avancer l’élection présidentielle et de raccourcir son mandat est anticonstitutionnelle. Mais vaut mieux écorner la Loi fondamentale que de la changer de cette façon, car cela la décrédibilise davantage. Je ne commente même pas cette volonté d’avoir un troisième mandat. Personne ne peut s’y opposer puisque l’on a affaire à un pouvoir autoritaire qui refuse tout mouvement vers l’Etat de droit.
Peut-on alors comprendre que vous éliminez toute éventualité de vous présenter ?
Le problème pour l’Algérie n’est pas de savoir, y compris pour moi, si X ou Y va être candidat. Là n’est pas le problème du pays. Si nous étions dans une situation normale, s’il y a effectivement des élections, la question se poserait bien sûr. Le fait de changer le nombre de mandats, cela veut dire quoi ? Nous allons désigner un Président et les élections ne serviront que d’alibi. Les élections sont arrangées à l’avance. C’est un jeu qui ne m’intéresse pas et n’intéresse aucun Algérien. Si vous me demandez si j’approuve le fait qu’on change la Constitution pour qu’on maintienne en place le même Président, je vous répondrais que non. Candidat à quoi ? Il n’y a pas à être candidat. Les choses semblent être faites de sorte qu’il n’y ait pas d’autres candidats ou alors des candidats de complaisance.
De nombreuses personnalités politiques ont adopté la même position : le rejet de la prochaine élection. Y a-t-il une possibilité de voir ces positions se rejoindre ?
Quand on s’intéresse à la chose publique, l’on se demande d’abord ce qu’on peut faire ? Il faut se poser des questions, c’est une question de civisme. Mais que faire ? Il ne s’agit pas de tomber dans une situation où l’on fait quelque chose pour se mentir à soi-même ou donner aux autres l’impression qu’on fait quelque chose. La politique, c’est l’art du possible. Nous a-t-on demandé notre avis pour changer la Constitution ? Quels moyens avons-nous en main pour empêcher cela ? En d’autres termes, pourquoi j’ai créé un parti si ce n’est pour agir, quand on n’est pas au pouvoir, en allant vers la population pour lui faire reprendre espoir, lui parler de ses problèmes, lui montrer les solutions et songer à l’amener à croire de nouveau à la politique. Lorsque vous avez en face de vous un régime qui vous interdit et qui utilise tous les moyens, la force de l’Etat, la violence de l’Etat, les moyens financiers de l’Etat et la justice de l’Etat, que pouvez-vous faire ? La seule chose possible, c’est ce que nous sommes en train de faire : parler, et encore !, on ne peut le faire qu’à travers certains canaux ; la télévision et la radio nous sont interdites. A entendre ce que dit le gouvernement ou la loi, tout est parfait, il y a la liberté d’expression et il y a la liberté d’association. Pour l’application, c’est le contraire. C’est cela l’Algérie.
Vous avez parlé, dans une déclaration à notre confrère El Khabar, d’un changement pacifique révolutionnaire. Qu’en est-il exactement ?
Le contenu de l’article n’est pas aussi simple que le laisse entendre le titre. On m’a demandé, comme à vous, de me prononcer sur le changement. Ce n’est pas une question de personne. Une rumeur court ces jours-ci et elle focalise sur deux choses : tout va mal et c’est la faute de Bouteflika. J’ai dit que le problème n’est pas là. Dans cette affaire, le Président et le changement de la Constitution ne sont que l’arbre qui cache la forêt. A la question de savoir si je suis pour ou contre le changement, j’ai répondu : nous avons besoin d’une révolution tranquille. La révolution tranquille, c’est d’abord un changement de comportement du régime, qui ne nécessite pas de changement constitutionnel. Il suffit d’appliquer la loi, nous avons besoin d’une véritable révolution tranquille pour aller vers un Etat de droit. Nous avons besoin d’un très grand changement, le régime doit changer radicalement.
Que pensez-vous en fait de la manière avec laquelle sont gérées les affaires du pays ces dernières années ?
Pourquoi ne parle-t-on que maintenant de la manière d’agir du président ? On ne peut faire de bilan : les chiffres qui proviennent du gouvernement sont manifestement très loin de la réalité. On a entendu un membre du gouvernement dire que l’Algérie a moins de pauvres, que le seuil de pauvreté est inférieur en Algérie en comparaison aux Etats-Unis d’Amérique, que le chômage est à 11%. C’est un chiffre qui est démenti publiquement. On a même entendu dire qu’en Algérie il n’y a pas de chômage, que c’est les gens qui ne veulent pas travailler. Le gouvernement a-t-il déjà un programme pour pouvoir parler de bilan ? Chaque gouvernement passé a précisé que son programme est celui du président. Mais c’est quoi le programme du président ? où est-il ? Nous ne le connaissons pas. Il est vrai que les recettes pétrolières sont importantes, que les réserves ont augmenté, mais est-ce là le résultat d’une politique ? Ce sont des résultats de facteurs qui sont totalement étrangers à l’Algérie. Ce sont les prix du pétrole qui ont augmenté. Et en plus de cela, nous n’avons pas fait usage de cet argent. Nous sommes allés même jusqu’à rembourser de manière anticipée la dette extérieure, donnant l’illusion que nous sommes un pays excédentaire. Nous sommes un faux pays excédentaire. Ne comparons surtout pas l’Algérie au Koweït ou aux Emirats. Le Koweït représente uniquement 600 000 koweitiens, l’équivalent de trois arrondissements d’Alger. Tous les besoins fondamentaux des koweitiens sont largement satisfaits. Mieux, ils ont un million et demi de main-d’œuvre étrangère. Ce pays est effectivement excédentaire. L’excédent est, en fait, ce qui compte quand on a dépensé de ses revenus, ceux dont le pays a besoin pour se développer, ceux dont l’algérien a besoin pour créer de la richesse ou bien pour vivre. Quand nous aurons rempli toutes ces obligations, c’est à cette condition que nous pourrons parler d’excédent. Mettre les revenus du pétrole et les réserves de change dans le bilan, cela n’a pas de sens, car ce n’est pas le résultat d’une politique. C’est le résultat d’un phénomène extérieur ; les prix appliqués à une richesse qui n’a pas été créée par les algériens. L’argent dont dispose le pays n’est pas le signe d’un bilan positif. Au contraire, cela démontre que nous n’avons même pas de politique pour faire usage de cet argent, car s’il y avait un projet national, s’il y avait une politique, et je parle de secteur par secteur, de nos besoins, non seulement 100 ou 150 milliards de dollars ne seraient pas suffisants, mais nous serions obligés d’emprunter autant pour réaliser ce programme. Comme le fait que le plus grand emprunteur du monde sont les Etats-Unis d’Amérique.
Vous êtes de ceux qui avancent qu’on n’aurait pas dû rembourser par anticipation la dette extérieure...
C’est absurde, car l’Algérie, compte tenu de ses besoins, ne peut se permettre de se priver des moyens de financer ses besoins. Le gouvernement affiche l’idée qu’il a trop d’argent et il rembourse par anticipation. La dette a tellement été mal présentée que la rembourser signifie gagner son indépendance. C’est faux. Le fait de rembourser de façon anticipée un prêt contracté auprès d’une banque, c’est exactement comme si vous achetiez des chaussures chez quelqu’un et cinq jours plus tard vous lui dites je vous les rends. Le drame, cette situation, nous l’avons déjà vécue dans les années 1980. L’histoire se répète : ce qui se fait actuellement a des racines profondes dans la nature même du régime. Celui-ci n’a pas changé et ses méthodes non plus. Au début des années 1980, le pétrole est passé de 12 dollars à 41 ou 45 dollars. L’équivalent, aujourd’hui, d’à peu près 150 dollars. On s’est mis, en premier, à jeter de l’argent par les fenêtres en achetant des bananes, dans le cadre du fameux Plan anti-pénurie (pap). Et annoncé le remboursement des dettes, soi-disant laissées par Boumediène. Les dettes laissées par Boumediène sont parfaitement connues ; elles étaient évaluées à 16% et ce n’était pas une situation considérée comme catastrophique. Au moment de la crise à l’époque, le premier ministre disait qu’on n’était pas touchés, comme aujourd’hui. Au contraire, l’on disait que nous avons mieux fait que les Etats-Unis d’Amérique. C’est le même processus aujourd’hui. Les prix du pétrole ont augmenté et avec cette crise financière mondiale qui secoue non seulement les plus faibles, mais les plus grands de ce monde, on nous sert le même discours pour dire que cela ne nous touchera pas. C’est inexact : les riches seront un peu moins riches et les plus faibles touchés jusqu’à l’os. Notre pays est l’un de ces pays faibles. Toutes nos recettes proviennent de l’extérieur. C’est tout de même ahurissant d’entendre le ministre de l’Energie dire que nous serons épargnés par la crise et se démentir trois jours plus tard. Le fait que nos recettes se divisent par deux prouve que nous sommes frappés de plein fouet par la crise. Sans oublier les importations qui vont se renchérir. A titre d’exemple, les Etats-Unis ont un marché intérieur pour compenser, le nôtre est presque totalement dépendant de l’extérieur. On ne peut pas dire que l’Algérie est insensible à cette situation. On dépend à 97% de l’extérieur. C’est pour cette raison que l’Algérie ne fait pas partie des vingt pays les plus riches qui sont allés discuter des mesures à prendre pour faire face à la crise. Il y a eu l’Afrique du Sud, mais pas l’Algérie. Pourtant, le président lors de sa campagne de 1999, avait parlé du rétablissement de la place de l’Algérie sur la scène internationale. Il faut rappeler que quand la crise internationale est survenue en 1974, c’est l’Algérie qui a provoqué le sommet de l’ONU. Et quand l’assemblée onusienne avait décidé de créer le dialogue internationale et le rétablissement de l’ordre économique, l’Algérie était parmi 15 pays qui avaient discuté de l’issue de la crise. 30 ans plus tard, vous constatez que la place de l’Algérie a dégringolé sur la scène internationale. Et sa solidité économique a considérablement diminué.
Pourquoi, à votre avis, avec la manne financière considérable dont elle dispose, l’Algérie n’a-t-elle pas pu relancer l’économie nationale (hors hydrocarbures) ?
Si l’on n’a pas réussi, ce n’est certainement parce que nous n’avons pas les moyens financiers. Nous en avons. La relance économique, ce n’est pas la rénovation des trottoirs. Bien que ce soit important. La relance économique, c’est d’abord comment renforcer les entreprises, comment créer des entreprises algériennes par milliers, pour qu’elles apprennent à fabriquer avec des mains algériennes, avec un savoir-faire algérien, pour augmenter la richesse. C’est le seul moyen. Nous n’avons pas pu parce que nous n’avons pas la volonté politique de le faire. Pourquoi nous n’avons-nous pas la volonté politique de le faire ? Parce que notre pays, depuis des années – pas seulement depuis l’arrivée de Bouteflika – a connu un dévoiement total de la fonction politique. La raison d’être du pouvoir politique, c’est de s’occuper des problèmes des gens. Il faut que nous exportions du pétrole pour aller plus vite que les autres. Nous sommes le seul pays dont le budget de l’Etat est financé par le pétrole. Même la pomme de terre est financée par le pétrole. C’est un non-sens sur le plan de l’éthique. Il faut trouver une source pérenne de création de richesses. Le gouvernement n’est pas prévoyant. Le politique, chez nous, est trop occupé par le pouvoir politique. La gestion du pouvoir politique est une fin en soi. Il est normal qu’un homme politique consacre un temps à la gestion du pouvoir, mais pas tout le temps. Vous vous rendez compte des problème de l’Algérie ? On dit qu’on a basculé dans l’économie de marché. Nous ne sommes pas dans l’économie de marché. Où sont les entreprises qui ont été créées ? Il y a des milliers de jeunes qui ont tenté de le faire, mais ils se trouvent face à des murs... Connaissez-vous un entrepreneur heureux ? Beaucoup ont essayé, mais la plupart ont échoué. Nous devrions voir se créer dans ce pays 1000 entreprises par jour. Nous sommes dans une situation unique au monde : les pays les plus riches en pétrole ne vivent pas uniquement de cette ressource, même l’Arabie Saoudite ; c’est un pays autonome sur le plan alimentaire, il n’y a qu’à voir le nombre d’autoroutes construites et celui de villes nouvelles aussi. Ce sont des villes à la Houston. Il y a une économie qui s’est formée en dehors du pétrole. Nous, nous continuerons à dépendre du pétrole parce que nous n’avons rien fait pour mobiliser les capacités créatrices de richesses des Algériens. Le gouvernement n’a pas de politique économique. Celui-ci ne fonctionne pas sur le long terme. Pour revenir au début, seules les institutions réelles, pérennes, permettent au pays de fonctionner sur le long terme, en dépassant les hommes.
Si on suit votre raisonnement, un changement de régime serait une question de vie ou de mort pour le pays...
Vous pouvez le répéter, le changement du régime est une question de vie ou de mort pour le pays. C’est vraiment une question de vie ou de mort. C’est dur à dire, mais c’est comme cela. Nous n’allons pas réinventer la roue. Quel est le pays qui a progressé, qui a réussi, dans le monde entier, autrement que sur la base des institutions qui dépassent les hommes ? Un fonctionnement sur la base de règles respectées par tout le monde, sur la base du droit. Dans le cas contraire, c’est la jungle.
15 novembre 2008
Cinq ans de solitude
En 2014 donc, Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, et Noureddine Yazid Zerhouni, 77 ans, tous deux nés au Maroc, seront encore aux commandes de l’Algérie, si tout va bien. S’il leur arrivait quelque chose en revanche, de nouvelles complications apparaîtraient tant le système est fermé et le changement d’une seule pièce bousculant l’ensemble du dispositif, même s’il s’agit surtout dans ce cas de pièces de musée. Comment en est-on arrivés là ? Il suffit de remonter le temps, seul véritable ennemi des Algériens. Pendant la guerre de Libération, les combattants de l’indépendance n’étaient pas nombreux et devaient souvent se battre contre leurs compatriotes anesthésiés et craintifs, le turban sur la tête étant censé les protéger de l’histoire. Pendant le coup de force de l’été 1962, les opposants à la mainmise de l’armée des frontières n’étaient pas non plus nombreux et avaient d’ailleurs perdu la bataille devant le consensus populaire.
Quand Houari Boumediène et, sous son aile, le même Abdelaziz Bouteflika avaient entrepris d’instaurer un état polici
En 2014 donc, Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, et Noureddine Yazid Zerhouni, 77 ans, tous deux nés au Maroc, seront encore aux commandes de l’Algérie, si tout va bien. S’il leur arrivait quelque chose en revanche, de nouvelles complications apparaîtraient tant le système est fermé et le changement d’une seule pièce bousculant l’ensemble du dispositif, même s’il s’agit surtout dans ce cas de pièces de musée. Comment en est-on arrivés là ? Il suffit de remonter le temps, seul véritable ennemi des Algériens. Pendant la guerre de Libération, les combattants de l’indépendance n’étaient pas nombreux et devaient souvent se battre contre leurs compatriotes anesthésiés et craintifs, le turban sur la tête étant censé les protéger de l’histoire. Pendant le coup de force de l’été 1962, les opposants à la mainmise de l’armée des frontières n’étaient pas non plus nombreux et avaient d’ailleurs perdu la bataille devant le consensus populaire.
Quand Houari Boumediène et, sous son aile, le même Abdelaziz Bouteflika avaient entrepris d’instaurer un état policier, ils n’étaient qu’une poignée à soutenir qu’il ne servait à rien de mettre les opposants en prison, alors que l’Algérie ne produisait déjà plus rien et importait même des prisons. Quand les émeutes d’Octobre avaient éclaté, la majorité des Algériens a (re)voté pour Chadli Bendjedid quelques jours après. Quand le terrorisme est apparu, ils n’étaient qu’une poignée à se défendre et quand les parlementaires n’ont enregistré que quelques voix contre au changement de la Constitution, ils sont restés dans l’air du temps. Les Algériens subissent l’histoire en attendant leur mort personnelle. Les Algériens subissent l’événement pendant que leurs dirigeants leur cachent l’agenda. Ahmed Ouyahia l’a bien rappelé, avec un sourire malicieux : « L’opposition ne prendra jamais le pouvoir. » Cinq ans de solitude nous attendent. On n’a jamais été aussi seuls.
er, ils n’étaient qu’une poignée à soutenir qu’il ne servait à rien de mettre les opposants en prison, alors que l’Algérie ne produisait déjà plus rien et importait même des prisons. Quand les émeutes d’Octobre avaient éclaté, la majorité des Algériens a (re)voté pour Chadli Bendjedid quelques jours après. Quand le terrorisme est apparu, ils n’étaient qu’une poignée à se défendre et quand les parlementaires n’ont enregistré que quelques voix contre au changement de la Constitution, ils sont restés dans l’air du temps. Les Algériens subissent l’histoire en attendant leur mort personnelle. Les Algériens subissent l’événement pendant que leurs dirigeants leur cachent l’agenda. Ahmed Ouyahia l’a bien rappelé, avec un sourire malicieux : « L’opposition ne prendra jamais le pouvoir. » Cinq ans de solitude nous attendent. On n’a jamais été aussi seuls.
Chawki Amari
Source : www.elwatan.com
lettre de solidarité avec Benchicou
Mustapha Benfodil, écrivain talentueux, est d'abord un journaliste courageux qui honore une fois de plus sa profession. Il a adressé ce message à Mohamed Benchicou. Sa lecture est édifiante à plusieurs égards.
Très cher Monsieur Benchicou,
J'ai été l'heureux récipiendaire du prix international Omar Ouratilène attribué par la Fondation El Khabar et mercredi dernier me fut remis ce trophée. J'avais préparé un petit speech de circonstance où je tenais à vous exprimer ma solidarité la plus active, Monsieur Benchicou. Hélas, le protocole a fait que je n'ai pu prononcer ces quelques mots qui vous étaient destinés. J'ai fait une déclaration à la Chaîne 3 où je vous ai rendu un hommage appuyé en dénonçnant la scandaleuse censure dont votre livre, Journal d'un homme libre, a été l'objet. Comme il vous est loisible de l'imaginer, ce passage a été tronqué. Sachez que dans toutes les déclarations que j'ai faites à ce sujet ou en d'autres circonstances, je n'ai cessé de louer votre engagement et dénoncer nos lamentables bourreaux. Malheureusement, la presse n'en rend pas toujours compte. Aussi, pour réparer ce regrettable manquement, je vous prie d'accuser réception du texte que j'avais conçu pour la cérémonie de cette remise de prix, et où je vous rendais un fervent hommage, et de croire, illustre confrère, en mon entière solidarité ainsi que mon incommensurable admiration.
Avec ma profonde considération.
Mustapha Benfodil
Hommage et solidarité avec Mohamed Benchicou à l'occasion de l'attribution du prix Omar Ouratilène.
Chères Consoeurs, chers Confrères, Bonsoir !
Eh bien, ce prix ne pouvait mieux tomber. C'est un très beau cadeau d'anniversaire, moi qui viens de faire 40 ans. Je souhaite d'emblée à nos frères et nos confrères d'El Khabar de tripler et de quadrupler ce chiffre. De toute manière, cela ne sera jamais pire que le 3ème mandat dont la perspective se précise honteusement aujourd'hui avec cette bouffonnerie de vote parlementaire. Je remercie le journal El Khabar ainsi que les membres du jury pour l'honneur qu'ils m'ont fait en me désignant lauréat d'un prix aussi prestigieux et félicite mon confrère Bouâlem Ghomrassa pour cette consécration. Je suis profondément ému d'être ainsi récompensé par mes pairs, qui plus est un journal aussi important qu'El Khabar qui a toute notre considération pour les efforts qu'il consent afin de faire avancer la « cause journalistique » sur la voie du professionnalisme. Je suis surtout très fier et très flatté de porter un prix affublé du nom d'un illustre aîné : j'ai nommé Omar Ouartilène dont la fine silhouette restera à jamais gravée dans ma mémoire. Un nom qui incarne à lui seul les plus belles valeurs de notre métier, et dont le sang irrigue le corps mutilé de la profession. J'aimerais profiter de la tribune qui m'est ainsi offerte pour dire quelques mots de circonstance en ces temps d'incertitude. Mes premiers mots sont des mots d'hommage et de reconnaissance. J'ai une chaleureuse pensée pour tous les collègues de toutes les rédactions où j'ai eu l'honneur et le bonheur de servir, avec qui j'ai partagé tant d'événements, d'émotions et de conneries. Je pense à tous ces journaux où j'ai exercé : Le Soir d'Algérie où j'ai fait mes classes, Liberté qui reste pour moi une grande école du reportage, et puis El Watan où je sévis présentement aux côtés d'une légende vivante : Omar Belhouchet. J'aurais peut-être pu faire un crochet par El Khabar. Un jour peut-être, qui sait ?…Je vous prie de considérer toutes et tous, mes chers compagnons de route, cette distinction comme étant la vôtre, vous qui m'avez tant apporté. Je suis vraiment fier de faire partie de cette famille, de cette étrange tribu qui est la nôtre, et dont le destin est si intimement lié à la cause de la Démocratie. Permettez-moi d'avoir une pensée toute particulière pour un homme, un monument du journalisme qui a payé de sa vie le prix de son engagement et de sa passion de ce métier, et qui a pour moi valeur de mentor. Il est parti un certain 11 février 1996 après avoir pris le soin préalablement de m'envoyer en reportage chez les Touaregs comme pour me mettre à l'abri. J'ai nommé Allaoua Ait Mébarek. Il me surnommait « El Fawdha » et aimait barbouiller mes mains avec son stylo. Qu'il repose en paix auprès des justes ainsi que tous les martyrs de la profession. J'ai une pensée émue également pour un autre monument qui vient de nous quitter : Bachir Rezzoug. Enfin, j'aimerais exprimer en ces temps difficiles où la liberté d'expression, la liberté de la presse et la liberté de conscience aussi sont fortement mis à mal ma plus vive solidarité avec tous les confrères malmenés, emprisonnés, bâillonnés. Je pense particulièrement à Noureddine Boukraâ, ex-correspondant d'Echourouk qui vient d'écoper d'une ignominieuse condamnation de prison par le tribunal d'Annaba. Je ne manquerais évidemment pas d'exprimer également mon entière solidarité avec un géant de la presse algérienne, un grand journaliste et écrivain, à la plume flamboyante, qui a payé au prix fort son attachement à la liberté : je pense bien sûr à Mohamed Benchicou dont le livre Journal d'un homme libre vient d'être interdit de la plus vile des manières, digne des pires républiques barbouzardes. Et j'aimerais dire à l'instigatrice de cette triste machination : honte à vous, Madame la Ministre, vous qui vous conduisez en pathétique « boutefliquette », en vous chargeant d'une besogne qui ne sied guère au temple des lettres et des arts dont vous êtes censée être la gardienne bienveillante et non la sinistre préposée à la censure. Le hasard géographique a voulu que cette cérémonie se déroule à l'ombre de la Bibliothèque nationale dont le directeur vient d'être évincé de la façon que l'on sait. Je lui dis ainsi qu'à tous ceux qui fricotent avec ce régime : la seule attitude qu'un intellectuel digne de ce nom doit observer avec ces gens-là est une attitude de rupture radicale. La fonction cardinale de l'intellectuel est une fonction critique. Celle d'un éveilleur de consciences, non d'un laquais au service des Puissants. Il n'y a rien d'autre à faire avec les bourreaux de la liberté que de les confondre et de les blâmer. Le sort a voulu que ce jour mémorable soit celui où le Parlement, aux ordres, a voté les amendements d'une Constitution consacrant scandaleusement la présidence à vie au profit d'un Bouteflika décidément insatiable, et terriblement assoiffé de pouvoir. Un autocrate égotiste et corrompu dont l'histoire retiendra qu'il aura été le fossoyeur de l'expérience démocratique en Algérie. Sales temps pour les libertés…Il y a deux jours, des militants du MDS ont été arrêté pour avoir diffusé des tracts et « commis » des tags appelant à un débat national autour de la révision constitutionnelle. Des harragas sont jetés en prison pour avoir tenté de chercher leur bonheur sous des horizons moins sombres. Des citoyens sont condamnés à Biskra et à Alger pour soi-disant atteinte aux valeurs de l'islam. Sans parler de la grande « mahzala » du SILA qui est devenu un grand festival de la censure, et qui nous impose de concevoir un salon « off », de rechercher urgemment des espaces alternatifs où les livres, tous les livres, seront respectés, et toutes les paroles, toutes les voix, écoutées. Qu'ils organisent leurs putains de salons entre eux, qu'ils tiennent leur parodie d'élection entre eux, dans leur huit clos putride. Qu'ils s'autorisent toutes les dérives. Mais qu'ils ne comptent surtout pas sur nous pour cautionner une énième mascarade électorale. Aussi, je mets les pieds dans le plat pour appeler du haut de cette tribune à un boycott massif du troisième mandat. La presse libre est née dans la douleur. Son destin, et c'est sans doute le message de Omar Ouartilène, est de résister aux absolutismes de tout poil. Nous ne sommes pas au bout de nos peines, et un troisième round, âpre, décisif, nous attend dans notre guerre contre le monolithisme d'un autre âge de Abdelaziz Bouteflika et ses velléités liberticides. Heureux hasard de calendrier cette fois : ce prix coïncide avec le 20ème anniversaire des événements d'Octobre 1988. Et c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour le régime parce que, chahut de gamins ou pas, même à 40 ans, les mômes d'Octobre n'ont pas grandi, et leurs rêves insolents ne se sont pas édulcorés et n'ont pas abdiqué sous les affres de la répression. Nous ne sommes certes pas naïfs au point d'espérer de voir un M'barek Robbama évincer de sitôt nos chers dinosaures inamovibles. Néanmoins, je vous fais la promesse M.Bouteflika que nous continuerons à chahuter jusqu'à ce que démocratie s'ensuive ! On ne réussira peut-être pas à vous barrer la route mais on déchirera le voile de l'unanimisme ronronnant que vous voulez jeter sur l'Algérie. Pour ça, vous pouvez compter sur nous ! Je ne terminerai pas sans adresser un mot de gratitude à ma chère maman ainsi qu'à ma compagne bien-aimée, deux grandes âmes qui me guident et m'inspirent. Merci chère mère pour ta grandeur des mères courage, et merci Amina de partager mes vagabondages, mon engagement et ma passion de l'Algérie.
Mustapha Benfodil, auteur et journaliste à El Watan; lauréat du prix Omar Ouratilène 2008. Alger, mercredi 12 novembre 2008
Source: http://www.lematindz.net/news/2172-un-message-de-mustapha-benfodil.html
13 novembre 2008
Allah Yarham la démocratie !
C’est un phénomène étrange. Observé depuis quelques heures au niveau de Club-des-Pins, la banlieued’Alger. Une éclips interdite e du soleil. Le
s météorologues dépêchés sur place ne quittent pas des yeux la CHOSE. Parce qu’il faut bien appeler cette chose-là la CHOSE. Il ne s’agit pas d’une éclipse solaire habituelle, identifiée et répertoriée par les scientifiques. Non ! Là, nous sommes bien forcés de reconnaître qu’il s’agit d’un phénomène extraordinaire, au sens de sortant totalement de l’ordinaire. La lune et le soleil ne se sont pas croisés pour qu’apparaisse cette éclipse. Aucun autre astre ne s’est mis en travers du soleil. Il ne s’agit pas non plus d’une accumulation gigantesque de nuages qui auraient ainsi produit le même effet qu’une éclipse en s’intercalant entre le soleil et nous. Non ! Rien de tout cela ! Le point de naissance de ce phénomène vraiment étrange a été localisé au palais des Nations. D’abord timide, puis allant crescendo, il s’est finalement imposé jusqu’à masquer totalement le soleil. C’est d’ailleurs la première et unique fois qu’une action sur le soleil trouve son point de départ à partir du sol, de la terre. Et non pas dans le ciel. Munis de leurs dictaphones, comme tout bon scientifique qui se respecte, les nôtres ont enregistré des témoignages concordants. Tous parlent d’une voix. Une voix qui aurait prononcé une phrase. Pas deux ! Pas trois ! Mais une seule phrase : «Qui vote OUI lève le bras !» Et c’est à ce moment précis, juste après le S de BRAS, que le phénomène s’est brutalement déclenché. Une forêt de bras tentaculaires a crevé le plafond du palais des Nations pour s’élever vers le ciel. Un témoin, agronome de formation, a tenu à préciser : «Lorsque je dis Forêt, il faut bien comprendre forêt amazonienne, et pas le petit bosquet de Bouchaoui !» Une précision de taille qui explique qu’une forêt de bras levés haut puisse arriver à la CHOSE. Une éclipse du soleil causée par une forêt de bras de députés et de sénateurs. Inouïe ! A l’heure où j’envoie cette chronique au journal, les scientifiques, encore sur place, sont en face d’un autre phénomène encore plus étrange. La forêt de bras de députés et de sénateurs s’est rabaissée, a regagné le sol, mais le soleil est toujours masqué, voilé. Comme pour une éclipse permanente et éternelle. Rabbi yestar ! Je fume du thé et je reste éveillé dans le noir, le cauchemar continue.
Hakim Laalam
Source : www.lesoirdalgerie.com du 12.11.2008
11 novembre 2008
Demain, dans la ferme de Mr Boutef !
Demain les deux chambres du parlement algérien réunies se prononceront sur le projet de révision de
la constitution qui ouvrira la voie lactée d'un mandat présidentiel à vie pour Bouteflika. Dans les pays à tradition démocratique ancrée, un tel événement d'envergure nationale aurait suscité un débat houleux et les enquêteurs d'instituts de sondage s'arracheront les cheuveux pour prévoir l'essor réservé à cette consultation majeure. Ici; en Algérie, rien n'indique qu'un tel événement allait se produire. A l'exception du matraquage médiatique de la télévision nationale qui n'a rien à envier aux campagnes de propagande de Staline, et à la febrilité hestérique des organisations budjétivores et liberticides qui s'apprêtent à pousser des youyous agassants face aux caméras volontairement dressées de l'unique lucarne, rien n'indique sur les places publiques algériennes que le texte fondamental de la nation est en train de s'habiller d'une nouvelle soutane.
Le désinterressement du peuple à tout ce qui émane du pouvoir est dû au manque de confiance en les institutions sensées le représenter et à la conviction profonde que le changement ne viendra jamais de ceux qui l'ont tenu en laisse depuis que l'indépendance nationale est confisquée. La simple voix de contestation audible est l'abstention massive mais cette fois, la caste de décideurs voraces en ont compris la portée et ils ont alors conseillé Bouteflika de la leur retirer sous le nez. D'où cette convocation inhabituelle des seuls députés et sénateurs à se prononcer sur ce qui regarde en premier lieu le peuple que ces mêmes députés et sénateurs ne représentent aucunement.
Issus de la fraude et de la manipulation des quelques voix qui se sont exprimées lors des consultations précédentes, ces députés et sénateurs qui passent le temps de leur mandat à fourer leurs museaux dans le mangeoire, en laissant leurs bras constamment bien levés en signe d'approbation de tout ce qui vient des maitres des lieux, ne cracheront pas sur la soupe et ils voteront comme un seul domestique OUI au recul de la démocratie, OUI à l'hégémonie du pouvoir, OUI aux mandats successifs sans bilan.
Les quelques députés qui se reclament de la démocratie vont s'abstenir ou crier dans l'hemycicle le NON d'une vierge fraichement violée mais sans plus. Il ne démissionneront pas pour ne pas cesser de servir de faire valoir, ils ne claqueront pas la porte de peur de voir celle du trésor public hermitiquement fermé à la face. Gageons qu'ils animeront la campagne présidentielle d'avril qui sera organisée sur la base de la nouvelle mouture de la constitution déja votée massivement depuis...demain. Mais pourquoi le feront-t-ils ? parce que eux aussi ont le museau dans le mangeoire.
Finalement, l'equation de l'arbre et de la hâche nous gouvernera au delà des constitutions et des hommes.
Moussa TERTAG
04 novembre 2008
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